Tout est préparé pour que l’affaire réussisse, on peut la regarder comme terminée.—Allusion au sac dans lequel on renfermait autrefois les pièces d’une procédure. De cet usage sont venues aussi les expressions voir le fond du sac, pour dire pénétrer ce qu’une affaire a de plus secret, de plus caché, et juger sur l’étiquette du sac, c’est-à-dire prononcer sur une question difficile, sans se donner le peine de s’en instruire.
Le mot étiquette a une origine curieuse: dans le temps où la langue latine était la seule en usage au barreau, les avocats et les procureurs écrivaient sur le sac de leurs parties: est hic quæstio, etc. (c’est ici l’état de la cause de tel ou de tel), et par abréviation: est hic quæst.., devenu ensuite estiquette, et maintenant étiquette.
SAFRAN.—Être réduit au safran.
Cette expression, très usitée autrefois pour marquer l’insolvabilité d’un débiteur, est fondée sur l’usage où l’on était de peindre en jaune le devant de la maison d’un banqueroutier, et même d’une personne convaincue de félonie. Sauval rapporte, dans ses Antiquités de Paris, que les portes et les fenêtres de l’hôtel du connétable de Bourbon, qui avait pris les armes contre son roi, furent barbouillées de jaune par la main du bourreau.
SAIGNÉE.—Selon le bras la saignée.
C’est-à-dire il faut proportionner la dépense au revenu; il ne faut pas taxer un homme au delà de ses facultés.—Ce proverbe, très ancien, dut peut-être son introduction à l’abus qu’on fit de la saignée en France, depuis les premiers temps de la monarchie jusqu’au XVIe siècle. On la regardait comme un excellent préservatif ou un excellent remède contre la plupart des maladies, ainsi qu’on le voit dans l’Almanach astral des saignées, et dans un petit livre intitulé: Petit traité pour faire des saignées sur tout le corps humain, etc. «On saignait à toutes les veines, dit M. A. A. Monteil, d’après cet ouvrage, aux veines des cuisses pour le mal d’oreilles, à la cheville pour le mal de dents, entre le pouce et l’index pour alléger le mal de tête et pour la rogne, au doigt auriculaire pour la fièvre quarte, au bout du nez pour nettoyer la peau de celui qui craignait la lèpre. On saignait pour dégager le cerveau et donner de la mémoire, pour purifier le cerveau et donner de l’esprit.» C’était surtout dans les couvents, soit d’hommes, soit de femmes, qu’on jugeait la saignée salutaire. On l’y employait avec si peu de modération, que le concile d’Aix-la-Chapelle, tenu en 817, crut devoir prescrire de n’en user qu’au seul cas où la santé l’exigerait. Cependant cette décision n’arrêta pas longtemps le mal. La saignée fut remise en vigueur comme moyen nécessaire pour réprimer l’aiguillon de la chair. On établit en règle qu’elle serait pratiquée un jour de chaque mois, qu’on désigna, dans les calendriers des bréviaires monastiques, sous la dénomination de dies æger, jour malade; et cette saignée générale fut appelée minutio monachi, amoindrissement du moine; minutio monachæ, amoindrissement de la moinesse. Dans la suite, l’autorité civile intervint pour qu’une telle opération n’eût pas lieu aussi souvent; et il y a un réglement de saint Louis, d’après lequel les religieuses de Pontoise devaient se faire saigner six fois par an seulement, aux époques de Noël, du mercredi des Cendres, de Pâques, de la Saint-Pierre, de la mi-août et de la Toussaint.
SAINT.—Ne savoir à quel saint se vouer.
C’est n’avoir plus de ressource, ne savoir plus à qui recourir.
Il n’est pas besoin sans doute de dire que cette locution est fondée sur l’usage de se vouer à quelque saint, comme les païens se vouaient à quelqu’un de leurs dieux, pour échapper à une maladie ou à une situation périlleuse; mais il est assez curieux de remarquer une superstition singulière introduite par cet usage. C’est celle qui attribue aux saints une vertu analogue au nom qu’ils portent: par exemple, saint Clair est réputé guérir le mal des yeux; saint Mamès, des mamelles; saint Main, des mains; saint Genou, des genoux; saint Claude redresse les pieds des gens qui clochent ou boitent; saint Célérin donne de la célérité à ceux qui ne sont pas ingambes; saint Lié assouplit et délie les nerfs des enfants noués; saint Cri, les empêche de crier; saint Fort et saint Guinefort donnent des forces aux faibles; saint Tanche étanche le sang des blessés; saint Langueur préserve de la langueur et de la phthisie; saint Boniface produit cet embonpoint qui rend la face ronde et rebondie; saint Acaire fait passer l’humeur acariâtre des femmes; saint Rabonni rabonnit les maris quinteux ou les fait mourir au bout de l’année, car suivant la remarque d’une commère qui croyait lui devoir la mort du sien, c’est un bon saint qui accorde quelquefois plus qu’on ne lui demande. Plusieurs de ces saints guérisseurs, dont la liste est beaucoup plus longue que celle qu’on vient de lire, ont une origine populaire que n’a point reconnue la légende authentique.