Un astrologue, je crois que c’est Cardan, a dit que les rois et les sots naissaient sous la même constellation. Il faut avouer pourtant qu’aujourd’hui l’influence heureuse de cette constellation est prodigieusement diminuée pour les rois; mais elle existe toujours pleine et entière pour les sots.

Les sots sont heureux.

La fortune se déclare toujours pour les sots, fortuna favet fatuis.—Le peintre Essequi a représenté la fortune portée sur une autruche, pour rappeler qu’elle accorde presque toujours ses faveurs aux sots.

«Comment arrive-t-il que des sots réussissent toujours et que des gens de sens échouent en tout; en sorte qu’on dirait que les uns semblent de toute éternité avoir été prédestinés au bonheur, et les autres à l’infortune? je réponds à cette question que la vie est un jeu de hasard, que les sots ne jouent pas assez longtemps pour recueillir le salaire de leur sottise, ni les gens sensés celui de leur circonspection. Ils quittent les dés lorsque la chance allait tourner, en sorte que, selon moi, un sot fortuné et un homme d’esprit malheureux, sont deux êtres qui ne sont pas assez vieux.» (Diderot.)

«La raison pour laquelle les sots réussissent toujours dans leurs entreprises, c’est que ne sachant pas et ne voyant pas quand ils sont impétueux, ils ne s’arrêtent jamais.» (Montesquieu.)

Le maréchal de Grammont disait qu’il ne pouvait se mettre dans l’esprit que Dieu aimât les sots.

Les sots de Ham.

Ce sobriquet est venu de ce qu’il y avait autrefois à Ham une confrérie très renommée de sots ou de fous, mots synonymes et pris en bonne part. Ces fous avaient un chef auquel ils donnaient le titre de prince. Ils se réunissaient sous sa conduite en certains jours de l’année, et parcouraient la ville en fesant mille folies; chacun d’eux était alors affublé d’un costume grotesque et monté sur un âne, dont il tenait la queue à la main en guise de bride. Cette farce était probablement une petite imitation de la fête des fous, qui, au XIIIe siècle, avait lieu dans l’église de Paris, le jour de la Circoncision, dans d’autres cathédrales, le jour de l’Epiphanie, et ailleurs le jour des Innocents[80].

Dieu seul devine les sots.