On peut prédire jusqu’à un certain point ce que pensera ou fera un bon esprit dans une circonstance donnée, car sa conduite est conforme à la raison, qui est une et simple, et procède toujours d’une manière suivie; mais, il n’en est pas de même d’un sot, dont la marche n’est jamais régulière ni conséquente. La sottise est mère, elle enfante à chaque instant de nouvelles sottises, qu’on ne peut pas plus prévoir qu’on ne prévoit les monstres avant l’accouchement; et voilà pourquoi on dit qu’il n’y a que Dieu qui devine les sots.

SOULIER.Chacun sait où son soulier le blesse.

Un patricien romain avait une femme jeune, belle, riche et honnête, et néanmoins il la répudia. Comme ce divorce ne paraissait fondé sur aucun motif raisonnable, ses amis le lui reprochèrent. Mais il leur répondit en avançant le pied: Regardez mon soulier: en avez vous vu un de mieux fait et de plus élégant? Cependant il n’y a que moi qui sache où il me blesse. De là vint le proverbe pour signifier qu’il y a des peines secrètes qui ne sont connues que de ceux qui les éprouvent.

C’est à tort qu’on a attribué ce trait à Paul Émile qui répudia pour une cause inconnue sa femme Papyria, fille de Papyrius Masso; car Plutarque (Vie de Paul Émile, ch. VII) cite ce trait par forme d’apologie du divorce de son héros.

SOUFFLET.Donner un soufflet à Ronsard.

C’est faire une faute contre la langue.—Ronsard composa une rhétorique pleine de beaux préceptes pour parler élégamment la langue française, et cet auteur fit autorité dans son temps. Il fut surnommé le prince des poëtes français, titre qu’on trouve au frontispice de ses œuvres, magnifiquement imprimées aux frais du trésor royal. L’admiration qu’il inspirait était si grande, que l’historien De Thou voyait une compensation du désastre de Pavie dans la naissance de Ronsard, arrivée suivant lui, le jour de ce désastre: ce qui n’est pas vrai. Montaigne déclarait Ronsard égal aux plus grands poëtes de l’antiquité, et la poésie française élevée par lui à la perfection. Dans toute l’Europe civilisée, le nom de Ronsard était connu et révéré. Les souverains lui envoyaient des présents; Le Tasse venu à Paris, s’estimait heureux de lui être présenté et d’obtenir son approbation pour deux chants de la Jérusalem dont il lui fit lecture. Un poëme italien fut composé à la louange de Ronsard par Spéroni. Sa mort fut presque regardée comme une calamité publique. Le cardinal Du Perron prononça pompeusement son oraison funèbre, et sa mémoire, revêtue de toutes les consécrations, semblait entrer dans la postérité comme dans un temple.

On disait dans le moyen-âge, casser la tête de Priscien, pour signifier parler ou écrire contre la grammaire.—Priscien de Césarée fut un célèbre grammairien du quatrième siècle, dont la grammaire servit de base à l’enseignement du latin, jusqu’à la renaissance des lettres. Il avait l’habitude de dire qu’il souffrait autant d’entendre parler incorrectement, que si on lui cassait la tête.

Nous avons encore l’expression proverbiale, mettre Vaugelas en pièces, dont Molière s’est servi dans les Femmes savantes:

Elle met Vaugelas en pièces tous les jours.

SOUMISSION.La soumission désarme la colère.