Aristote a remarqué, dans son Histoire des animaux (liv. IX, ch. 49), et plusieurs autres naturalistes ont remarqué comme lui, que la tourterelle pète fréquemment lorsqu’elle chante, de là ce dicton dont on fait l’application lorsqu’une personne donne carrière à son postérieur.
TRAMONTANE.—Perdre la tramontane.
Avant la découverte de la boussole, les marins qui voguaient le long des côtes sud d’Espagne, de France, d’Italie et de Grèce, remarquaient, pour diriger leur navigation, l’étoile polaire qu’ils avaient nommée tramontane, de deux mots latins trans, au delà, et montes, les monts, parce qu’elle leur apparaissait au delà des monts. La présence de cette étoile, en leur indiquant le Nord, leur fesait connaître aussi le point d’Orient; mais, dès qu’ils la perdaient de vue, ils ne pouvaient plus s’orienter, ni savoir par conséquent où ils étaient. Ainsi, perdre la tramontane signifie au propre être désorienté, et au figuré, être déconcerté par les difficultés qui se présentent, ou par l’aspect du danger.
TRAVAIL.—Qui hait le travail, hait la vertu.
Ce proverbe peut s’expliquer par cet autre, l’exercice est la mort du péché. La vertu est laborieuse, et le vice est oisif: laboriosa virtus est, vitium est iners. Il n’y a pas de plus grand moralisateur que le travail; il est la base de toute vertu. (Voyez l’oisiveté est la mère des vices.)
TRÉPASSÉ.—Il va à la messe des trépassés; il y porte pain et vin.
Ce dicton, qu’on emploie en parlant d’un homme qui va à la messe après avoir bien déjeuné, est fondé, dit-on, sur la coutume établie dans plusieurs diocèses de présenter à l’offrande du pain et du vin aux messes d’enterrement. Cette coutume a été regardée par quelques savants comme un reste des sacrifices ollaires qui se fesaient annuellement, dans la plus haute antiquité, pour les morts du monde antédiluvien, et qui consistaient en semences bouillies, à cause de la tradition des semences conservées dans l’arche. Les Égyptiens, les Hébreux, les Celtes, les Grecs, les Romains, et autres peuples, ajoutèrent ou substituèrent des aliments à ces semences, et ce fut l’origine du festin funèbre, epulum funebre, qu’ils servaient sur les tombes, autant pour les vivants que pour les morts. Ce festin fut adopté par les chrétiens, et saint Augustin nous apprend qu’il avait lieu tous les jours dans les églises d’Afrique en l’honneur des martyrs; il était aussi très fréquent dans celles d’Europe. Les abus qui en résultèrent le firent interdire en France par les premiers conciles provinciaux d’Arles et de Tours; cependant il se maintint en plusieurs endroits longtemps après l’interdiction. Il en reste encore aujourd’hui quelque chose dans ce qui se pratique après les funérailles dans quelques provinces, notamment en Sologne: les personnes qui ont été du convoi d’un mort reviennent dans sa maison, où elles tâchent de se consoler à table le verre à la main. Cet usage, où il entre un peu de superstition, s’est conservé, sans doute, parce qu’on se rend de loin aux enterrements, et qu’on ne peut pas s’en retourner sans avoir mangé. Il semble que le maintien de toute superstition ait une cause naturelle pour principe, et le maintien de celle-ci est fondé sur une assez bonne raison dans les pays dont les habitants sont disséminés dans des hameaux peu rapprochés.
TRINITÉ.—A Pâques ou à la Trinité.
C’est-à-dire à une époque très incertaine, sur laquelle on ne saurait compter.—Ce dicton, que la chanson de Malborough a rendu si populaire, fait allusion aux ordonnances des rois de France du treizième et du quatorzième siècle, pour le remboursement des sommes qu’ils avaient empruntées. Ils y promettaient de payer à Pâques ou à la Trinité, et comme ces fêtes passaient presque toujours sans amener le résultat attendu, elles furent considérées comme des échéances illusoires ou du moins fort douteuses.