C’est détourner la conversation du but où elle doit tendre, pour la diriger vers un autre but où elle ne doit point aller; c’est agir inconsidérément comme un homme qui chercherait à éloigner une truie du gland dont elle se veut repaître, pour la mettre au foin dont elle n’a que faire. Cette expression proverbiale se trouve dans le passage suivant du Pédant joué de Cyrano de Bergerac (act. II, sc. 9): «Ce n’est pas de cela dont j’ai à vous parler. Mais à quoi diable vous sert de tourner ainsi la truie au foin?»

TU AUTEM.Savoir le tu autem.

C’est savoir, comme on dit, le fin et la fin d’une affaire. Ménage et Lamonnoye disent, d’après le Moyen de parvenir (ch. LX), que cette locution est prise des leçons du bréviaire, qui se terminent par les mots: Tu autem, Domine, miserere nobis.

Le prédicateur Menot a dit, dans un de ses sermons: Post mortem, poterimus cognoscere omne tu autem: après notre mort, nous pourrons connaître tout le tu autem.

TURLUPIN.Enfant de Turlupin, malheureux de nature.

On a dit aussi: Malheureux comme Turlupin. Ces expressions proverbiales, qui ne sont presque plus usitées aujourd’hui, rappellent la société des pauvres, ou secte des turlupins, espèce de cyniques qui fesaient profession d’impudence, se promenaient tout nus dans les rues, et avaient commerce avec les femmes publiquement: Cynicorum sectam suscitantes de nuditate pudendorum et de publico coïtu, dit la chronologie de Genebrard. Le chef de ces hérétiques, qui existaient sous le règne de Charles V, fut brûlé vif, par ordre de ce prince, avec plusieurs d’entre eux, et tous leurs livres et meubles, dans un grand feu allumé au marché aux Pourceaux de Paris, hors la porte Saint-Honoré.

On assigne diverses étymologies à leur nom. Les uns disent qu’il est composé de tire, pour ressemble, et lupins, petits loups, parce qu’ils habitaient les bois comme les loups, quod ea tantum habitarent loca quæ lupis exposita erant. Les autres disent de lubins, parce qu’ils ressemblaient aux frères lubins, moines mendiants. «Rabelais, dit Le Duchat, a écrit tirelupins pour turlupins, parce qu’il semblait qu’ils vécussent de lupins tirés par-ci, par-là. Dans la VIe volume de Perceforest, il est parlé de turpellins et turpellines comme d’une secte, ce qui fait que je ne doute pas que ce ne soit celle des turlupins, ainsi appelée par inversion de turpellins, fait de turpis, à cause du scandale que donnait leur vie débordée.»

C’est un turlupin.

C’est-à-dire un farceur, un mauvais plaisant. Ce nom reçut cette acception parce qu’il fut pris par un acteur fameux, dont le vrai nom était Legrand, qui, sous le règne de Louis XIII, fesait beaucoup rire les Parisiens avec ses deux associés, Gautier-Garguille et Gros-Guillaume. On appela turlupinades les scènes qu’il composait et jouait, et l’on dit turlupiner, pour signifier foire comme Turlupin. Ces mots sont restés dans la langue, où ils signifient des plaisanteries fondées sur de mauvais jeux de mots, et l’action de faire de telles plaisanteries.