L’amour porte la musique.

Les amants aiment à chanter leurs plaisirs et leurs peines. De là ce proverbe, qu’on trouve expliqué dans les Symposiaques de Plutarque (liv. I, quest. 5). Les Anglais disent: Love was the mother of poetry. Amour engendra poésie. Ce qui a été ingénieusement développé dans le Spectateur, no 377.

A battre faut l’amour.

Faut est ici la troisième personne du présent indicatif du verbe faillir, et ce proverbe, tiré du latin, Injuria solvit amorem, signifie que les mauvais traitements font cesser l’amour.—Cependant le cas n’est point sans exceptions. On sait que les femmes moscovites mesuraient l’amour qu’elles inspiraient sur la violence avec laquelle elles étaient battues, et qu’il n’y avait ni paix ni contentement pour elles avant d’avoir éprouvé la pesanteur du bras marital. Experientia testatur fœminas moscoviticas verberibus placari. (Drex., de Jejunio, lib. I, cap. 2.)

Une vieille chanson languedocienne attribue aux filles de Montpellier le même goût.

Lei castagnos aou brasié
Pétoun qan soun pas mourdudos;
Les fillos de Mounpelié
Plouroun qan soun pas batudos.

Ce qu’un ancien traducteur a rendu ainsi vers par vers.

Les châtaignes au brasier
Pètent de n’être mordues;
Les filles de Montpellier
Pleurent de n’être battues.

Il y a encore une exception très remarquable au proverbe, et ce sont les deux parfaits modèles des amants qui l’ont fournie. Le sensible Abeilard fustigeait quelquefois la sensible Héloïse, qui ne l’en aimait pas moins. Lui-même, parlant à elle-même, raconte la chose dans une de ses lettres, où il avoue d’un cœur contrit les scandaleux excès de sa passion immodérée: In ipsis diebus dominicæ passionis;.... te notentem ac dissuadentem sæpiùs minis ac flagellis ad consensum trahebam. Les jours mêmes de la passion de notre Seigneur,.... lorsque tu me refusais ce que je demandais ou que tu m’exhortais à m’en priver, ne t’ai-je pas trop souvent forcée par des menaces et par des coups de fouet à céder à mes désirs? Ausone avait deviné le cœur d’Héloïse, lorsqu’il disait en peignant les qualités d’une maîtresse accomplie (épig. 77): Je veux qu’elle sache recevoir des coups, et qu’après les avoir reçus, elle prodigue ses caresses à son amant.

On revient toujours à ses premières amours.