Chercher à tromper en contrefaisant l’homme de bien. On dit encore ironiquement, C’est un bon apôtre, en parlant de quelqu’un qui déguise sa malice sous les apparences de la bonté, qui affecte une candeur, une probité qu’il n’a pas.—Allusion à la conduite de l’apôtre Judas, qui portait la trahison dans le cœur en faisant à son divin maître des protestations d’attachement et de fidélité.
APPÉTIT.—L’appétit vient en mangeant.
Plus on a, plus on veut avoir.—Autant croît le désir que le trésor.
C’est la réponse que fit Amyot à Charles IX, dont il avait été le précepteur, un jour que ce roi lui témoignait sa surprise de ce qu’ayant paru d’abord borner son ambition à un petit bénéfice qu’il avait obtenu, il demandait encore le riche évêché d’Auxerre. Mais cette réponse, qu’on croit avoir été l’origine du proverbe, n’en fut que l’application. Amyot, en s’exprimant ainsi, répétait simplement un mot rapporté par Rabelais dans le cinquième chapitre de Gargantua, et attribué à Angeston[9], qui n’en était peut-être pas l’inventeur. Ovide, parlant d’Erisichton, condamné par Cérès à une famine dévorante, avait dit:
. . . . . . . . Cibus omnis in illo
Causa cibi est. (Metam., lib. VIII, fab. 11.)
Tout aliment l’excite à d’autres aliments.
Et Quinte-Curce (liv. VII, ch. 8) avait mis la phrase suivante dans le discours des Scythes à Alexandre: Primus omnium satietate parasti famem. Tu es le premier chez qui la satiété ait engendré la faim. Cependant, il est juste de dire que si Angeston a pris la pensée de ces deux auteurs, il se l’est appropriée par l’heureuse originalité avec laquelle il l’a rendue en français.
Pain dérobé réveille l’appétit.
Pain dérobé que l’on mange en cachette,
Vaut mieux que pain qu’on cuit ou qu’on achète. (La Font.)
On lit dans les Proverbes de Salomon (ch. 9, v. 17): Aquæ furtivæ dulciores sunt, et panis absconditus suavior. Les eaux dérobées sont plus douces, et le pain pris en cachette est plus agréable. C’est de là qu’a été tiré notre proverbe, qui signifie que nous trouvons une certaine douceur dans les choses qui nous sont défendues, que l’objet de nos désirs nous plaît d’autant mieux qu’il est moins permis.—Les Latins disaient: Dulce pomum quum abest custos. Le fruit est doux en l’absence du gardien.