Efface de tombeaux!

On ne doit pas servir ses amis à plats couverts.

Il faut être franc et sincère avec ses amis.—Ce proverbe est moins usité que la locution qui en fait partie, servir quelqu'un à plats couverts, c'est-à-dire témoigner à quelqu'un de l'amitié en apparence et le desservir sous main. C'est une allusion à l'usage où l'on était autrefois de couvrir les plats qu'on servait sur la table des grands, et les choses mêmes qu'on leur présentait. «On couvroit les plats, dit Sainte-Palaye, et peut-être le sel, le poivre et autres épiceries qu'on plaçoit auprès d'eux. Si on leur offroit des dragées, le drageoir étoit couvert d'une serviette. Le cadenas[11], qui n'appartient qu'aux personnes du plus haut rang, est encore conservé à la cour sur la table des princes comme un reste de cette antique étiquette.» De l'usage de servir à couvert viennent aussi ces salières à compartiments et à deux couvercles qu'on ne trouve plus que chez les amateurs de vieux meubles et chez les marchands de bric-à-brac.

[11] Espèce de coffret d'or ou de vermeil, dans lequel on mettait le couteau, la cuiller et la fourchette.

Servir quelqu'un à plats couverts se dit encore pour marquer la réserve calculée qu'on met à ne découvrir à quelqu'un qu'une partie de la vérité dans une affaire qui l'intéresse.

On ne doit pas se gêner pour ses amis.

Cette maxime est vraie lorsqu'elle est prise dans le même sens que cette autre: l'amitié dispense du cérémonial. Mais elle est fausse et injuste quand on l'allègue, ce qui a lieu trop souvent, comme excuse de traiter ses amis avec une espèce de sans-gêne qui ne s'inquiète pas des égards qui leur sont dus. On doit se gêner pour toutes les personnes à qui l'on veut plaire; et c'est précisément en cela que consiste le savoir-vivre, l'un des premiers devoirs de la société. Eh! comment pourrait-on se justifier de ne pas observer ce devoir envers ses amis! c'est pour eux surtout qu'on doit avoir des procédés aimables qui leur prouvent qu'on n'a rien tant à cœur que de leur être agréable. L'amitié a une jalousie délicate qu'il importe de ménager, car elle ne peut guère se maintenir qu'à cette condition.

Dieu me garde de mes amis; je me garderai de mes ennemis.

On peut se garantir de la vengeance d'un ennemi déclaré, mais il n'y a point de préservatif contre la trahison qui se présente sous les couleurs de la bienveillance et de l'amitié.

Stobée rapporte (p. 721) que le roi Antigone, sacrifiant aux dieux, les priait de le protéger contre ses amis, et qu'il répondait à ceux qui lui demandaient le motif d'une telle prière: «C'est que, connaissant mes ennemis, je puis me préserver d'eux.»