On lit dans l'Ecclésiastique: «Ab inimicis tuis separare et ab amicis tuis attende (VI, 13). Séparez-vous de vos ennemis, et gardez-vous de vos amis.»

Les Italiens disent comme nous:

Di chi mi fido guardami Dio!

Degli altri mi guardarò io.

En visitant les pozzi du palais du doge, à Venise, en 1825, je trouvai ces deux vers inscrits sur un mur dans un de ces cachots où le conseil des Dix plongeait ses victimes. Ils y avaient été tracés, me dit-on, de la main d'un prêtre qui eut le bonheur d'échapper à son horrible captivité par une issue qu'il s'ouvrit en arrachant du sol une large dalle posée sur un égout aboutissant au canal voisin.

Le même proverbe est usité chez les Basques. Il existe aussi chez les Allemands, et Schiller l'a employé dans une de ses tragédies.

Les amis sont les trésors des rois.

Proverbe formé d'un mot d'Alexandre le Grand, qui disait, en montrant ses amis: «Voilà mes trésors.» Mais de tels trésors sont infiniment plus rares chez les rois que chez les simples particuliers, car il n'est guère possible que l'amitié, qui, dans sa nature, est indépendante, jalouse de sa liberté, ennemie de toute sujétion, portée aux épanchements familiers et désireuse avant tout de la réciprocité des sentiments, s'établisse entre des hommes dont la condition si inégale peut faire croire aux uns qu'ils sont maîtres et aux autres qu'ils sont esclaves. Admettons pourtant l'existence de cette amitié, et reconnaissons qu'elle est d'un prix inestimable. «Ce ne sont pas les armées ni les richesses, dit Salluste, mais les amis qui sont les soutiens des rois.» (Jugurth., ch. X.)

Tacite remarque aussi qu'il n'est pas de plus puissants soutiens d'un sage gouvernement que de sages amis. Nullum majus boni imperii instrumentum quam bonos amicos esse. (Hist., IV, VII.)

Il faut qu'un roi ait beaucoup d'amis et peu de confidents.