C'est ce que répondit Apollonius de Tyane au roi de Babylone, qui lui avait demandé ce qu'il fallait à un roi pour régner sûrement. Quelques parémiographes du moyen âge ont placé dans leurs recueils, comme un adage, ce mot qui était bien digne de le devenir. Je ne crois pas qu'il ait besoin d'être expliqué, et je n'y joindrai pour tout commentaire que cette réflexion du pape Benoît XIV: «Un souverain qui a beaucoup de confidents ne saurait manquer d'être trahi.»

Il faut se dire beaucoup d'amis, et s'en croire peu.

Parce que, en se disant beaucoup d'amis, on peut obtenir quelque considération dans le monde, et, en se croyant peu d'amis, on est moins exposé à se laisser tromper par ceux qui abusent de ce titre. Ce proverbe est doublement répréhensible, puisqu'il conseille, jusqu'à un certain point, le mensonge et la défiance; mais il offre une maxime de politique si conforme aux mœurs de notre temps, qu'il ne cessera point d'être pris pour une règle de conduite.

Il ne faut pas mettre ses amis à tous les jours.

On deviendrait à charge à ses amis, si l'on recourait souvent à leur générosité. Il faut être de la plus grande réserve sur ce point, et ne solliciter leur aide que dans le cas où l'on ne pourrait s'en passer. Il serait même plus délicat de s'abstenir d'une sollicitation formelle, et de se borner à leur faire connaître le besoin qu'on éprouve pour leur laisser le mérite d'y subvenir de leur propre mouvement, selon leurs moyens. La parfaite amitié impose d'une part le devoir de ne rien demander, puisque de l'autre elle impose celui de prévenir les demandes.

Desmahis avait coutume de dire: «Lorsque mon ami rit, c'est à lui à m'apprendre le sujet de sa joie; lorsqu'il pleure, c'est à moi de découvrir la cause de son chagrin.»

Il faut éprouver les amis aux petites occasions et les employer aux grandes.

Il faut les éprouver aux petites occasions, parce qu'il ne s'agit alors que de certains actes de complaisance qui ne doivent pas leur être onéreux; mais il faut avoir soin d'éviter, dans ces épreuves, jusqu'à la moindre apparence d'indiscrétion et d'importunité, de manière qu'elles ne leur paraissent que des témoignages de la confiance qu'ils inspirent, et, pour ainsi dire, des hommages rendus à l'excellence de leurs sentiments. C'est là le meilleur moyen de sonder leurs bonnes dispositions, dont on a besoin de ne pas douter, lorsqu'un malheur pressant force de faire appel à leur aide et protection.

Il faut choisir ses amis dans sa famille.

Ce proverbe est pris d'un mot de Solon à Anacharsis, au rapport de Plutarque, dont la traduction latine cite ce mot en ces termes: Paranda est amicitia domi, non foris. C'est dans la famille, en effet, qu'on peut contracter l'amitié la meilleure et la plus solide, puisqu'elle y est nouée par le double lien du sang et de la sympathie. La fraternité est une amitié toute faite.—Le roi-prophète a consacré le psaume CXXXII à l'éloge de cette amitié.—«Qu'il est bon, qu'il est doux, s'écrie-t-il, que les frères vivent ensemble, et ne fassent qu'un! Ecce quam bonum et quam jucundum, habitare fratres in unum!»—Il compare leur intimité charmante au parfum délicieux qui, versé sur la tête d'Aaron, coula sur les deux côtés de sa barbe et sur les franges de son vêtement, et à la douce rosée du mont Hermon, qui descend sur la montagne de Sion en fertilisant.