Salluste a dit: «Quel meilleur ami qu'un frère pour un frère? Quel étranger trouveras-tu fidèle, si tu es l'ennemi des tiens? Quis amicitior quam frater fratri? Quem alienum fidum invenies, si tuis hostis fueris.» (Jugurtha, cap. X.)
Les races slaves attachaient un prix infini à l'amitié fraternelle, et leurs chants primitifs attestent que n'avoir point de frère était pour elles une grande calamité.
On lit dans le Chi-King, le troisième des livres sacrés des Chinois: Un frère est un ami qui nous est donné par la nature. Maxime proverbiale qui se retrouve dans le Traité de l'Amitié fraternelle par Plutarque, où le frère est appelé l'ami que la nature nous a donné. De là le vers attribué à Legouvé, qui, certes, n'a pas dû suer d'ahan pour le tirer de sa tête:
Un frère est un ami donné par la nature.
Bonne amitié est une autre parenté.
Ce proverbe, qui fait l'éloge de l'amitié en l'égalant à la parenté, était fort accrédité au moyen âge, où l'union entre les parents était généralement regardée comme un des devoirs les plus importants. Il était même consacré par une règle de jurisprudence formulée en ces termes: «Amicitia vera similis est consanguinitati proximiori. La véritable amitié est semblable à la parenté la plus rapprochée.» Les mots amitié et fraternité pouvaient alors s'employer l'un pour l'autre. Touchante synonymie, dont la perte est à regretter.
Montaigne, dans son beau chapitre sur l'amitié, nous apprend qu'il donnait à son ami Estienne de la Boétie le nom de frère: «Un beau nom, dit-il, et plein de dilection, et à cette cause en feismes nous, luy et moy, nostre alliance.»
Voici un mot plein d'esprit et de sentiment qui revient au proverbe. Le comte Albert de Sesmaisons, présentant un jour le vicomte J. Walsh de Serrent à Chateaubriand, lui dit: «Voilà mon ami Walsh: la nature s'était trompée en ne me le donnant pas pour frère, mais depuis longtemps nous avons réparé son erreur.»
Bonne amitié vaut mieux que parenté.
Les Latins disaient: La meilleure parenté est celle du cœur, pensée absolument vraie, tandis que celle qu'exprime le proverbe français ne l'est que relativement aux circonstances qui motivent l'application de ce proverbe, qu'on pourrait, en plusieurs cas, retourner avec raison de cette manière: Bonne parenté vaut mieux qu'amitié. Il en est de même de cet autre proverbe ingénieux: Un parent est une partie de notre corps, un ami est une partie de notre âme; car un parent qui est bon ami est à la fois partie de notre âme et de notre corps; il appartient à notre être tout entier.