Les amoureux villageois emploient aussi la plante vulgairement appelée pissenlit pour savoir s'ils sont aimés. Ils soufflent fortement sur les aigrettes duveteuses de cette plante, et s'ils les font toutes envoler d'un seul coup, c'est un signe certain qu'ils ont inspiré un véritable amour.

Les bergers de Sicile, comme on le voit dans la troisième idylle de Théocrite, se servaient d'une feuille de la plante que ce poëte nomme téléphilon (espèce de pavot). Ils la pressaient entre leurs doigts de manière à la faire claquer; car ils regardaient ce claquement comme un heureux présage que leur tendresse ne pouvait manquer d'être payée de retour.

Les jeunes paysans anglais, lorsqu'ils aiment, ont soin de porter dans leurs poches des boutons d'une certaine plante qui sont appelés, en raison d'un tel usage: bachelor's buttons (boutons de jeunes gens), persuadés que la manière dont ces boutons s'ouvrent et se flétrissent doit leur faire connaître s'ils réussiront ou non auprès de l'objet de leur passion: Shakespeare a rappelé cette coutume dans les Joyeuses Bourgeoises de Windsor (act. III, sc. II).

S'aimer comme deux tourterelles.

Les naturalistes et les poëtes du moyen âge ont fait de ces oiseaux le symbole de la tendresse et de la fidélité conjugales. Ils nous apprennent que le mâle ne s'attache qu'à une seule femelle, et la femelle qu'à un seul mâle; qu'ils vivent dans la plus étroite union, et que si l'un d'eux vient à mourir, le survivant renonce à s'apparier avec un autre.

On lit à ce sujet dans le Bestiaire divin composé par le clerc ou trouvère Guillaume: «O vous, hommes et femmes, que l'Église a unis par les liens éternels du mariage, vous qui avez juré d'être fidèles, et qui tenez si mal vos serments, instruisez-vous par l'exemple de la tourterelle. Dans les bois épais qu'elle habite, elle aime sans partage et veut être aimée de même. Lorsqu'elle perd sa compagne, il n'est point de saison, point de moment où elle ne gémisse. Elle ne se pose ni sur le gazon, ni sous la feuillée; mais elle attend toujours celle qu'elle a perdue, et ne forme jamais de nouveaux liens. Elle n'oublie point son premier ami, et, s'il meurt, le reste de la terre lui est indifférent.

«O vous qui vivez dans le tourbillon du monde, apprenez de cet oiseau l'inviolable fidélité des regrets, et ne faites point comme ces maris qui, en revenant de l'enterrement de leurs femmes, s'occupent, dès le soir même, de la remplacer.» (Ch. XXXI.)

L'abbé Salgues dit: «La tourterelle est si douce qu'on regrette de lui enlever la réputation qu'on lui a faite d'être un modèle de fidélité; mais la douceur est souvent compagne de la faiblesse, et je suis forcé d'avouer que j'ai vu des tourterelles oublier les lois de la constance pour coqueter avec des amants. Peut-être était-ce la contagion du mauvais exemple, car ces tourterelles étaient domestiques et vivaient parmi nous. Cependant Le Roy (naturaliste) assure qu'il en a vu de sauvages faire deux heureux de suite, sans quitter la même branche.»

S'aimer comme Robin et Marion.

S'aimer d'un amour tendre et fidèle. Il y a une espèce de pastorale du douzième siècle, le Jeu du Berger et de la Bergère, par Adam de la Halle, où Robin et Marion sont représentés comme les parfaits modèles des amants. Le chevalier Aubert, épris de Marion, l'accoste en lui demandant pourquoi elle répète si souvent et avec tant de plaisir le nom de Robin. Elle répond: «C'est que j'aime Robin, et que Robin m'aime.» Il lui déclare qu'il l'aime aussi, qu'elle serait plus heureuse avec lui, et il cherche à la séduire par les plus belles promesses. Voyant enfin qu'il ne peut y réussir, il veut l'enlever. Mais elle résiste, et il est forcé de la laisser aller vers son cher Robin, avec qui l'auteur nous la montre échangeant les plus doux témoignages d'une tendresse mutuelle.