Mais la manière de le faire.

Aimer mieux de loin que de près.

Expression qui a beaucoup de rapport avec ce vers qu'Alcyone adresse à Céyx, dans les Métamorphoses d'Ovide (liv. XI, fab. XI):

Jam via longa placet, jam sum tibi carior absens.

Il est bien vrai qu'on aime mieux certaines personnes lorsqu'on n'est plus auprès d'elles, celles surtout qui sont d'un caractère conciliant, parce que leurs défauts, rendus moins sensibles et presque effacés par l'éloignement, ne contrarient plus la tendre impulsion du cœur, d'où le proverbe russe: Ensemble, à charge; séparés, supplice, proverbe qui peut avoir été suggéré par ce joli vers latin:

Nec possum tecum vivere, nec sine te.

Je ne puis vivre avec toi ni sans toi.

Mais ce n'est pas là ce qu'on entend d'ordinaire quand on dit aimer mieux de loin que de près. Cette phrase n'a pas été faite pour exprimer ce que Mme de Sévigné appelle si heureusement les unions de l'absence, et elle ne s'emploie guère que pour signifier qu'on ne se soucie point d'avoir un commerce assidu avec une personne.

Qui bien aime tard oublie.

Un sentiment vif et sincère laisse dans le cœur qui l'éprouve un souvenir qui dure longtemps. Ce proverbe usité en langue romane, qui ben ama tart oblida, est passé dans plusieurs autres langues, et ce qui est assez curieux, il a été employé en vieux français par Chaucer, poëte anglais du quinzième siècle, dans son poëme intitulé: The Assemble of foule (st. 97),