Hom ki bien aime tart ublie.
Chaucer l'avait peut-être tiré d'un poëme relatif aux aventures de Tristan, où il se trouve sous les mêmes termes.
Il y a beaucoup d'autres proverbes formulés primitivement en langue d'oc et en langue d'oïl qui sont devenus communs aux Italiens, aux Espagnols, aux Anglais, aux Allemands. J'en ai compté plus de quinze cents dont l'invention a été attribuée à ces peuples, qui n'ont fait que les emprunter à notre ancienne littérature. Ce que je dis n'est pas une assertion hasardée, c'est une vérité établie sur des preuves chronologiques qu'on ne saurait contester, et que j'ai données, en grand nombre, dans mes Études historiques, littéraires et morales sur le langage proverbial.
Il fait bon voir vaches noires en bois brûlé, quand on aime.
Les amants se plaisent à bercer leur tendre rêverie de félicités imaginaires; «et c'est bien ce qu'on dict en proverbe, qu'il faict bon voir vasches noyres en boys bruslés, quand on jouit de ses amours.» (Rabelais, liv. II, c. XII.)
Voir vaches noires en bois brûlé est une locution qui signifie se forger d'agréables chimères, poursuivre de douces illusions, comme font les vachers lorsque, devant leur feu, ils rêvent au bonheur d'avoir de bonnes vaches noires, réputées meilleures laitières que les autres, et croient les voir apparaître avec leurs mamelles pendantes dans les figures fantastiques que les tisons, en se consumant, offrent à leurs yeux. Les vaches noires en bois brûlé sont les châteaux en Espagne des vachers.
Qui aime vilement s'avilit.
Proverbe traduit du roman qui ama vilmen si eis vilzis. Il exprime une opinion qui régnait aux époques chevaleresques et qui interdisait à tout gentilhomme de choisir pour son épouse ou pour sa dame une femme issue de basse condition. Cette mésalliance, réputée honteuse et avilissante, surtout dans le mariage, exposait celui qui l'avait contractée à une pénalité dégradante que les autres nobles lui infligeaient. Saint-Foix cite, à ce sujet, dans ses Essais historiques sur Paris, le passage suivant d'un écrit du roi René: «Un gentilhomme qui se rabaissoit par mariage, et qui se marioit à une femme roturière et non noble, devoit subir la punition, qui étoit qu'en plein tournoi tous les autres seigneurs, chevaliers et écuyers, se devoient arrêter sur lui et tant le battre qu'ils lui fissent dire qu'il donnoit cheval et qu'il se rendoit.»
Un cheveu de ce qu'on aime
Tire plus que quatre bœufs.
Proverbe pris d'une ancienne chanson et employé pour marquer l'empire que peut exercer une femme sur les volontés de l'homme qui l'adore. Il y a dans l'Anthologie grecque de Planude (VII, 39) une épigramme de Paul le Silentiaire, où un amant dit que sa Doris l'a attaché avec un cheveu de sa blonde tresse, et que ce lien, qu'il se flattait de rompre avec facilité, est devenu une chaîne d'airain contre laquelle tous ses efforts sont impuissants. «O malheureux que je suis! s'écrie-t-il, je ne suis lié que par un cheveu, et ma Doris me mène ainsi comme elle veut!»