La Rochefoucauld passe pour avoir tiré sa pensée de la réflexion suivante de saint François de Sales, qu'il s'est appropriée en l'appliquant à l'absence: «Ce sont les grands feux qui s'enflamment au vent, mais les petits s'éteignent si on ne les met à couvert.» (Introduction à la vie dévote, part. III, ch. XXXIII.)

La comparaison était connue et probablement populaire avant ces trois auteurs, et les trois manières dont ils l'ont employée ne sont que des variantes de la maxime persane que voici: «Les obstacles abattent les âmes vulgaires, tandis qu'ils exaltent celles des héros, semblables à un vent impétueux qui éteint les flambeaux et allume les incendies.»

L'absence est l'ennemie de l'amour.

«L'absence, dit un écrivain anglais, tue l'amant ou l'amour.»

On sent, d'après les explications données dans l'article précédent, qu'il s'agit ici de l'absence prolongée et non de l'absence passagère, car celle-ci agit sur l'amour à l'inverse de l'autre. La longue absence l'éteint, et la courte absence le rallume. Il en est de l'absence comme de la diète, qui est nuisible ou salutaire au malade selon qu'il y a excès ou mesure dans sa durée.

L'absence est pire que la mort.

L'absence est, dit-on, la mort moins le repos. Elle cause donc plus de souffrances que la mort aux personnes sensibles, qui quelquefois aiment mieux cesser de vivre que de continuer de vivre dans l'éloignement de l'objet de leur affection. Un distique du chevalier Vatan donne, par un sophisme ingénieux, une autre explication de ce lieu commun proverbial, si fréquemment et si longuement développé dans toutes les correspondances épistolaires des amants condamnés par le sort barbare à gémir, éloignés l'un de l'autre.

De deux amants la mort ne fait qu'un malheureux,

C'est celui qui survit; mais l'absence en fait deux.

Loin des yeux et loin du cœur.