Il ne faut donc pas s'étonner que tant de femmes se plaisent à exciter la colère de leurs maris ou de leurs amants, puisqu'elles ont un double intérêt à le faire. La chose d'ailleurs leur est conseillée par un antique adage qui dit de pousser à la colère la personne qui aime, si l'on tient à son amour.
Cogas amantem irasci, amari si velis.
(P. Syrus.)
Voilà le secret de la plupart des dépits amoureux chez les dames. Ils ne sont pas toujours de purs caprices, comme les sots le prétendent, mais le plus souvent des moyens calculés pour enflammer la passion qu'elles inspirent. Ils sont aussi des témoignages de celle qu'elles éprouvent, et, sous ce rapport, les hommes devraient leur en savoir gré.
Les amants qui se disputent s'adorent.
L'explication de ce proverbe se présente d'elle-même après ce qui a été dit dans l'article précédent, et elle n'a pas besoin d'être donnée de nouveau. Mais il n'est pas inutile d'ajouter que ceux et celles qui prétendent faire de la dispute un aiguillon d'amour doivent avoir soin de ne pas la prolonger, car elle produirait un effet contraire. C'est une recommandation d'Ovide dans ses Amours:
Sed nunquam dederis spatiosum tempus in iram.
Sæpe simultates ira morata facit.
(Lib. I, eleg. VIII.)
«Ne vous abandonnez pas trop longtemps à la colère; une colère prolongée a souvent engendré la haine.»