Je donnerais ma vie entière
Pour ton aspect délicieux.
A tout autre intérêt mon âme est étrangère;
Eh! que m'importe, hélas! le jour qui vient des cieux
Sans toi, le plus beau jour attriste ma paupière,
Et je ne veux d'autre lumière
Que celle qui part de tes yeux.
Les Anglais ont un proverbe qui dit qu'un aigle qui regarde fixement le soleil ne pourrait soutenir le regard d'un amant: «A lover's eyes will gaze an eagle blind. Les yeux d'un amant peuvent regarder un aigle de façon à l'aveugler.»
Il est un Dieu pour les amants.
De même que pour les fous, les enfants et les ivrognes, parce que les amants, non moins exposés que ces trois espèces d'individus à une foule d'accidents funestes, y échappent comme eux par un bonheur inespéré qu'on prend pour l'effet d'une protection spéciale du ciel. C'est de l'antiquité païenne qu'est venue cette idée proverbiale de l'intervention d'un dieu qui les préserve des dangers dont ils sont menacés. Elle se trouve exprimée dans la vingt-neuvième élégie du second livre de Properce. Ce poëte suppose qu'un amant est à l'abri du péril sous la garde des immortels, que la douleur d'être abandonné de l'objet de son amour peut seule lui donner la mort, et même que si la douce présence de sa maîtresse venait le rappeler à la vie, fût-il déjà descendu dans la barque infernale, l'immuable Destin ne l'empêcherait pas de revoir la lumière.