L'amour vient sans qu'on y pense.

L'amour est de tous les sentiments le plus spontané, le plus indépendant de la réflexion et de la volonté. Il se glisse si subtilement dans le cœur et l'envahit si vite que l'on s'aperçoit qu'on aime avant d'avoir délibéré si l'on doit aimer. Qu'est-ce donc qui produit cet envahissement aussi imprévu que soudain?—Ceux mêmes qui l'ont éprouvé l'ignorent, ayant été toujours trop préoccupés d'en sentir l'effet pour qu'ils aient songé à en étudier la cause.

Mais si l'on ne sait pas comment l'amour vient, on sait beaucoup mieux comment il s'en va. Il n'y a plus rien de mystérieux dans la cause ou plutôt dans les causes de son départ. Elles se montrent telles qu'elles sont, malgré les soins qu'on prend de les dissimuler. Seulement il n'est pas aussi facile de les énumérer que de les reconnaître. Elles échappent au calcul et à l'analyse par leur multiplicité.

Amour et mort
Rien n'est plus fort.

Rien ne résiste à l'amour ni à la mort.

Il n'est d'homme ici-bas

Qui soit exempt d'amour non plus que de trépas.

(Régnier.)

C'est la belle pensée du Cantique des cantiques, où l'époux dit à la Sulamite: «Placez-moi comme un sceau sur votre cœur, parce que l'amour est fort comme la mort. Pone me ut signaculum super cor tuum, quia fortis est ut mors dilectio (VIII, 6).»

L'amour fait perdre le repos et le repas.