Courtoisie fait amour durer.
Les tendres procédés, les complaisances délicates, les petits soins affectueux entretiennent et font durer l'amour. Le mot courtoisie a gardé ici le sens plus étendu qu'il avait jadis, il se rapportait non-seulement à la politesse des manières, mais à celle de l'esprit et du cœur; il exprimait la réunion des principales qualités des preux, telles que la galanterie, la loyauté, la constance, le dévouement, etc. C'était en tout l'opposé des mœurs des vilains.
Un amour ainsi nourri de la fine fleur des sentiments chevaleresques, réunit plus que tout autre d'excellentes conditions de durée et de bonheur, et pourtant nous ne voyons pas qu'il s'établisse à demeure fixe dans les tendres cœurs. Il est tout différent aujourd'hui de ce qu'il fut au siècle des Amadis, et ce n'est plus que dans le domaine de l'imagination qu'on peut le retrouver sous la forme séduisante qu'il eut en ce bon vieux temps. Parviendra-t-on, à force de courtoisie, à le rappeler dans la vie réelle? La chose, hélas! paraît impossible, mais il y a tant de douceur à l'espérer qu'il est bon de le tenter quand même.
En amour mieux vaut espérer que tenir.
Parce que, dit un autre proverbe plus ancien, jouir d'amours et tost finir ne vaut bon espoir à durer toujours. En effet, l'amour s'use et finit vite par la possession, tandis qu'il se renouvelle et se prolonge par l'espoir. Les sensations physiques ne donnent qu'un plaisir fugitif; les sensations morales laissent après elles un charme durable, et l'esprit se fait une jouissance exquise de ce qui est dérobé aux sens. «Jamais, dit Pascal, il n'exista de femme qui ait connu tant de douceur dans l'amour satisfait qu'il y en a dans les désirs et dans les sollicitudes.»
L'amour ne peut rien refuser à l'amour.
C'est ce que dit textuellement le 26e article du Code d'amour: Amor nihil potest amori denegare. Il vaudrait mieux que l'amour pût refuser quelque chose à l'amour, car il durerait plus longtemps. Ce sont les privations mitigées par l'espérance qui le font vivre; il meurt dès qu'il n'a plus rien à désirer.
L'amour égalise toutes les conditions.
L'amour ne peut souffrir ni barrières ni distinctions entre les amants, dont il se plaît à confondre les existences. Il veut qu'ils méconnaissent toutes les prérogatives du rang et de la fortune pour vivre sous le régime bienfaisant de l'égalité, et chacun d'eux obéit à cette loi d'autant plus volontiers qu'il la trouve sanctionnée par son propre cœur. «Son vœu le plus cher, a dit M. Michelet dans son livre intitulé le Peuple, c'est de se faire un égal; sa crainte, c'est de rester supérieur, de garder un avantage que l'autre n'a pas.»
Non bene conveniunt nec in una sede morantur