Un jeu parti de je ne sais plus quel trouvère roule sur la question de jurisprudence amoureuse: «Lequel aime mieux, ou l'amant qui est jaloux ou celui qui ne l'est point? Molière, dans les Fâcheux, a consacré la quatrième scène du second acte de cette comédie à cette controverse sentimentale, qui est terminée par ce vers, digne de Molière:

Le jaloux aime plus, mais l'autre aime bien mieux.

On dit aussi: La jalousie est la sœur de l'amour, proverbe qui a suggéré au chevalier de Boufflers ce joli quatrain:

L'amour, par ses douceurs et ses tourments étranges,

Nous fait trouver le ciel et l'enfer tour à tour:

La jalousie est la sœur de l'amour,

Comme le diable est le frère des anges.

Il ne s'agit pas ici, on le sent bien, de cette jalousie, vera zelotypia, qui est chez celui qui aime une défiance de lui-même, mais de cette jalousie grossière qui est une défiance de l'objet aimé. Cette dernière a encore donné lieu à la comparaison proverbiale: La jalousie naît de l'amour comme la cendre du feu, pour l'étouffer.

Il n'y a pas d'amour sans espérance.

Proverbe tiré de l'article 9 du Code d'amour: «Amare nemo potest nisi qui amoris suasione compellitur. Personne ne peut aimer s'il n'y est engagé par la persuasion d'amour.» Il y a des gens qui prétendent que cette persuasion d'amour, ou espérance d'être aimé, n'est pas une condition indispensable de l'existence de l'amour, et ils se fondent sur l'observation faite par Boccace, maître expert en cette matière, qu'il arrive assez souvent qu'on voit l'amour plus fort à mesure que l'espérance devient plus faible: Noi veggiamo sovente avvenire, quanto la speranza diventa minore, tanto l'amore maggior farsi. Mais cela n'est pas une preuve en faveur de leur opinion. S'il est vrai que l'amour augmente à mesure que l'espérance diminue, il n'est pas vrai qu'il puisse se maintenir lorsqu'elle a cessé d'être. L'amour ressemble au flambeau qui jette une lueur plus vive au moment où la nourriture commence à lui manquer, et qui s'éteint aussitôt qu'elle est épuisée. L'espérance est l'aliment de l'amour. Tant qu'il lui en reste un peu, il subsiste, il se montre même plus vivace par l'ardeur qu'il met à se conserver. Dès qu'il ne lui en reste plus, il faut qu'il expire, et s'il nous paraît survivre comme se pouvant nourrir de lui-même, c'est que nous ne voyons pas qu'il espère encore, quand il n'y a plus de raison d'espérer.