Walter Scott a très-bien développé l'idée de ce proverbe dans un passage de son roman de Waverley, tom. III, ch. XXI. La question y est posée en ces termes: «Peut-on aimer longtemps sans avoir l'espoir d'être aimé?» Une dame répond à l'auteur de la question: «Avez-vous le projet de nous dépouiller de notre plus beau privilége? Voudriez-vous nous persuader que l'amour ne peut exister sans l'espérance, et qu'un amant peut être infidèle si celle qu'il aime lui montre trop de rigueur? Je ne m'attendais pas qu'un pareil blasphème sortît de votre bouche.—Je conviens, madame, qu'il n'est pas impossible qu'un amant persévère dans son affection en dépit des circonstances qui devraient le décourager, qu'il peut braver les dangers, supporter la froideur… mais une indifférence constante et soutenue est un poison mortel pour l'amour. Quelque puissante que soit l'attraction de vos charmes, croyez-moi, ne faites jamais cette expérience sur le cœur d'une personne qui vous serait chère. Je vous le répète, l'amour peut se nourrir de la plus faible espérance; mais, s'il la perd, il s'éteint bientôt.—Il doit avoir, dit Evan, le même sort que la jument de Duncan Magendie. Son maître voulut l'accoutumer par degrés à se passer de toute nourriture; il ne lui donnait qu'une petite poignée de paille par jour, et le pauvre animal mourut d'inanition.»

Plus l'amour vient tard, plus il ard.

C'est-à-dire plus il est ardent. Ard est la troisième personne du présent de l'indicatif du vieux verbe arder ou ardre, qui signifie brûler. Ce proverbe est pris du vers suivant d'Ovide dans l'héroïde de Phèdre à Hippolyte:

Venit amor gravius quo serius, urimur intus, etc.

Veut-il dire, comme quelques-uns l'ont pensé, que l'amour qui se développe lentement acquiert plus d'intensité que celui qui naît à la première vue, ou bien que l'amour se fait sentir avec plus de violence dans un âge avancé que dans la jeunesse? Je trouve préférable la dernière explication, à laquelle on est amené naturellement par l'analogie de cet autre proverbe: Le bois sec brûle mieux que le bois vert, ainsi que de ce mot proverbial attribué au comte de Bussy-Rabutin: L'amour est comme la petite vérole, qui fait d'autant plus de mal qu'elle vient plus tard. D'ailleurs est-il vrai que l'amour qui se développe lentement devienne plus fort? Je ne le crois pas, et je partage le sentiment exprimé dans cette pensée de La Bruyère: «L'amour qui naît subitement est le plus long à guérir.» Le même auteur dit encore: «L'amour qui croît peu à peu et par degrés ressemble trop à l'amitié pour être une passion violente.»

Rien ne se rallume si vite que l'amour.

C'est ce qu'a dit Sénèque: Nihil facilius quam amor recrudescit (Epist. 69). Le comte de Bussy-Rabutin écrivait à Mme de Sévigné, à propos des recrudescences si promptes de l'amour, un mot charmant qu'elle louait en lui répondant ainsi: «Ce que vous dites que l'amour est un recommenceur est tellement joli et tellement vrai, que je suis étonnée que, l'ayant pensé mille fois, je n'aie pas eu l'esprit de le dire.» (Lettre du 4 juillet 1656.)

Nous avons encore ce vieux proverbe rimé, qui exprime la même idée:

Vieilles amours et vieux tisons

S'allument en toutes saisons.