On fait l'amour, et quand l'amour est fait, c'est une autre paire de manches.

Tout le monde comprend ce que signifie ce proverbe, dont la dernière partie, devenue une locution à part, est continuellement répétée; il rappelle un usage pratiqué au douzième siècle par des individus de sexe différent qui voulaient former ensemble un tendre engagement. Ils échangeaient une paire de manches comme gage du don mutuel qu'il se faisaient de leur cœur, et ils se les passaient aux bras en promettant de n'avoir pas désormais de plus chère parure, ainsi qu'on le voit dans une nouvelle du troubadour Vidal de Besaudun, où il est parlé de deux amants qui se jurèrent de porter manches et anneaux l'un de l'autre. Ces enseignes ou livrées d'amour, destinées à être le signe de la fidélité, devinrent presque en même temps celui de l'infidélité; car toutes les fois qu'on changeait d'amour on changeait aussi de manches, et il arrivait même assez souvent que celles qu'on avait prises la veille étaient mises au rebut le lendemain. Vainement un autre proverbe recommandait de respecter cette sorte d'investiture d'amour par la manche en disant: «La manega no i es gap, car senhals es de drudaria; la manche, ce n'est pas un badinage, car c'est un signal d'amourette.» Comme une pareille recommandation n'avait aucune force légale, chacun et chacune y contrevenaient à qui mieux mieux. Aussi tel ou telle qu'on s'était flatté de tenir dans sa manche s'en débarrassait au plus vite, sans le moindre scrupule, et, en définitive, c'était toujours une autre paire de manches.

Vieil amour, vieille prison.

Un vieil amour est un esclavage où l'on éprouve beaucoup de peines et d'ennuis. «Dans la vieillesse de l'amour comme dans celle de l'âge, dit La Rochefoucauld, on vit encore pour les maux, mais on ne vit plus pour les plaisirs.»

Ce proverbe est pris du latin: Antiquus amor carcer est. Il s'applique le plus souvent à l'amour conjugal, que les deux époux sont obligés de subir jusqu'à ce que mort s'ensuive, pour l'un ou l'autre. Aussi arrive-t-il quelquefois que le mari voit mourir sa femme ou la femme son mari du même œil qu'un prisonnier voit briser ses fers.

Philémon, poëte comique grec, a dit dans une de ses pièces: «Le mariage est une prison qui n'a de beau que la porte par laquelle on y entre, et de consolant que celle par laquelle on a vu la mort faire sortir la personne avec qui on avait fait son entrée.»

Ce Philémon était bien loin de penser comme son homonyme, le mari de Baucis, tendrement aimée de lui, ainsi qu'il fut aimé d'elle jusque dans l'extrême vieillesse. La Fontaine a dit de ces deux modèles de l'amour conjugal:

Ni le temps, ni l'hymen, n'éteignirent leur flamme.

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L'amitié modéra leurs feux sans les détruire,