Et par des traits d'amour sut encor se produire.
L'amour meurt rarement de mort subite.
Il meurt presque toujours d'une maladie de langueur, beaucoup plus longue que ne le voudraient ceux qui en sont atteints. C'est une observation qu'ont faite plusieurs poëtes érotiques.
Difficile est longum subito deponere amorem.
(Catulle.)
Il est difficile de se défaire tout à coup d'un long amour.
Longus at invito pectore sedet amor.
(Ovide.)
Mais le cœur malgré lui conserve un long amour.
Cette ténacité de l'amour chez des personnes qui ne demanderaient pas mieux que d'en être affranchies est produite par l'habitude, par la paresse de changer, par la difficulté de former une nouvelle liaison, par l'impossibilité de vivre seul, et par beaucoup d'autres causes qui font qu'on a bien de la peine à rompre quand on ne s'aime déjà plus, et à plus forte raison quand on s'aime encore un peu. «Tant que l'amour dure, dit La Bruyère, il subsiste de lui-même et quelquefois par les choses qui semblent le devoir éteindre, par les caprices, par les rigueurs, par l'éloignement, par la jalousie» (ch. IV, du Cœur). L'indignité même de l'objet qui l'a inspiré ne parvient pas toujours à lui donner une mort soudaine, comme le dit très-bien ce vers de Saurin: