Longtemps on aime encore en rougissant d'aimer.

On l'a justement comparé au feu grégeois qui brûle sous les flots de la mer, et à la chaux vive que l'eau dont on l'arrose allume ou met en ébullition. Pauvres belles délaissées, n'espérez pas l'éteindre à force de pleurer. Toutes ces larmes qui vous retombent sur le cœur ne servent qu'à le rendre plus ardent.

C'est le temps, et non la volonté, qui met fin à l'amour, dit le proverbe latin:

Amori finem tempus, non animus facit.

(P. Syrus.)

Il n'y a qu'un pas de l'amour à la dévotion.

Cela se dit surtout en parlant des femmes d'un certain âge qui, voyant les amants se détourner d'elles, tournent du côté des litanies. Cette transition d'une vie galante à une vie dévote ne leur paraît pas agréable sans doute, et elles la diffèrent tant qu'elles peuvent, mais le respect humain l'exige, et, faisant de nécessité vertu, elles franchissent enfin le pas moins difficilement qu'elles ne pensaient le faire. La raison en est toute simple; c'est que le point d'où elles partent confine à celui où elles vont, et que passer de l'un à l'autre n'est souvent pour la plupart d'entre elles qu'aller du même au même; car leur amour ne change point de nature pour être coulé dans le moule de la dévotion.

Saint-Évremont a très-bien dit, dans un chapitre dont le titre porte que la Dévotion est le dernier de nos amours: «La pénitence ordinaire des femmes, à ce que j'ai pu observer, est moins un repentir de leurs péchés qu'un regret de leurs plaisirs; en quoi elles sont trompées elles-mêmes, pleurent amoureusement ce qu'elles n'ont plus, quand elles croient pleurer saintement ce qu'elles ont fait.»

On pourrait appliquer à leur conversion le joli mot proverbial des Italiens sur celles qui abjurent une hérésie pour une autre, ou qui passent d'une fausse religion à une autre également fausse: «C'est, disent-ils, changer de chambre dans la maison du diable. Cambiare di stanza nella casa del diavolo.»

Quand l'amour s'en va, c'est pour ne plus revenir.