(Saint-Lambert.)
L'amour est comme un flambeau, plus il est agité, plus il brûle.
Cette comparaison proverbiale est prise du vers suivant de P. Syrus, qui dit l'amant, et non l'amour:
Amans ita ut fax, agitando ardescit magis.
Elle est parfaitement juste: «Les âmes propres à l'amour, dit Pascal, demandent une vie d'action qui éclate en événements nouveaux. Comme le dedans est mouvement, il faut aussi que le dehors le soit, et cette manière de vivre est un merveilleux acheminement à la passion. C'est de là que ceux de la cour sont mieux reçus dans l'amour que ceux de la ville, parce que les uns sont tout de feu, et que les autres mènent une vie dont l'uniformité n'a rien qui frappe: la vie de tempête surprend, frappe et pénètre.» (Discours sur les passions de l'amour.)
L'abbé de Bernis a dit aussi, d'une manière jolie: «Connaissez-vous un feu qui prend toutes les formes que le souffle lui donne, qui s'irrite, qui s'affaiblit, selon que l'impression de l'air est plus vive ou plus modérée? il se sépare, il se réunit, il s'abaisse, il s'élève; mais le souffle puissant qui le conduit ne l'agite que pour l'animer, et jamais pour l'éteindre. L'amour est ce souffle; nos âmes sont ce feu.» (Réflexions sur l'amour.)
Les femmes savent très-bien que celui qui aime ne conserverait pas longtemps son ardeur si elle restait inactive, et qu'il a besoin pour l'entretenir, pour l'enflammer, d'une vie d'agitation, de remuement et de secousses, enfin d'une vie de tempête. Aussi remarquez avec quels soins prévoyants elles s'appliquent à préserver leurs adorateurs des dangers du calme, à les tenir constamment en haleine par la nouveauté des impressions qu'elles leur font éprouver, à les faire passer rapidement et sans relâche d'une situation paisible à une situation émouvante, à leur faire voir du pays, comme on dit.
Hommes peu clairvoyants, qui leur reprochez d'agir ainsi par coquetterie, par humeur, par caprice, par bizarrerie, etc., ne nommerez-vous jamais les choses par leur vrai nom, et les jugerez-vous toujours sur les apparences? Reconnaissez donc que toutes ces manières d'être, qui vous semblent d'étranges inégalités de caractère, ne sont, la plupart du temps, chez ces enchanteresses, que des procédés d'un art merveilleux par lequel elles veulent se rendre plus aimables et plus aimées, en renouvelant sans cesse leur beauté par des changements inattendus, ainsi que vos cœurs, par des désirs variés, et, loin de les accuser de troubler votre repos, rendez-leur la grâce de multiplier vos sensations pour vous sauver des ennuis de la monotonie.
Baiser le verrou.
S'est dit pour rendre hommage, par allusion à un usage féodal qui voulait que le vassal se présentât chez son seigneur pour lui rendre hommage, et, en son absence, baisât la serrure ou le verrou de la porte du manoir seigneurial. (Cout. d'Auxerre, art. 44;—de Sens, art. 181,—et de Berry, tit. V, art. 10.) Mais ce n'est pas sous ce rapport que je place ici cette expression proverbiale; c'est pour rappeler que le fait qu'elle signale avait lieu également dans l'amoureux servage. Il n'était pas de bon serviteur[12], ou servant d'amour, qui négligeât d'honorer la dame de ses pensées par un semblable témoignage de dévouement, quand il n'avait pas l'avantage d'être admis en sa présence. Les amoureux transis (voyez [plus loin] cette expression) ne manquaient jamais de baiser la serrure ou le verrou de la porte devant laquelle ils allaient chaque jour soupirer leur martyre.