[12] Le mot serviteur était autrefois synonyme d'amant, comme on peut le voir dans la vingt-sixième des Cent Nouvelles nouvelles, dans les dixième, douzième, quatorzième, dix-neuvième, et vingt-quatrième nouvelles de l'Heptaméron de la reine de Navarre, et dans le Roman bourgeois, de Furetière. J.-J. Rousseau lui a conservé cette acception dans le Devin du village, où Colette chante: J'ai perdu mon serviteur. Au reste, la même synonymie existait dans plusieurs langues, notamment en anglais. Voyez dans Shakespeare la scène première de l'acte deuxième des Deux Gentilshommes de Vérone.
Les amants, à Rome, se conduisaient aussi de cette manière, comme nous l'apprend Lucrèce, vers la fin du livre IV de son poëme.
At lacrymans exclusus amator limine sæpe
Floribus et sertis operit postesque superbos
Unguit amaricino, et foribus miser oscula figit.
Cependant, l'amant en larmes, à qui l'accès est interdit, orne sa porte de fleurs et de guirlandes, répand des parfums sur les poteaux dédaigneux, et imprime sur le seuil de tristes baisers.
Cela se faisait de même en signe d'adieu, lorsqu'on s'éloignait avec regret d'un lieu chéri.
Rutilius, exprimant la douleur qu'il ressentait de partir de Rome, a dit:
Crebra relinquendis infigimus oscula portis.
Nous imprimons de fréquents baisers aux portes qu'il faut quitter.