Panard, dont les poésies sont pleines de proverbes, a pris celui-ci pour titre des vers suivants, qui en sont l'explication, et qui se terminent par un autre proverbe qu'il a littéralement emprunté aux Orientaux:
Quand un amant est sûr que ses soins ont su plaire,
Son fortuné destin le rend, de jour en jour,
Moins empressé pour sa bergère.
Le Plaisir est fils de l'Amour,
Mais c'est un fils ingrat qui fait mourir son père.
On rapporte qu'un jeune Grec, nommé Thrasonidès, était si convaincu de cette vérité proverbiale et en même temps si amoureux de son amour, qu'il ne voulut jamais jouir de sa maîtresse, de peur d'amortir sa passion par la jouissance. Vous demanderez peut-être si, en aimant ainsi davantage, il fut plus aimé de sa belle. Je ne puis vous le dire, car l'histoire n'en parle pas: elle se borne à le signaler comme un amant inimitable.
L'amour des parents descend et ne remonte pas.
Helvétius a dit: «L'homme hait la dépendance. De là peut-être sa haine pour ses père et mère, et le proverbe fondé sur une observation commune et constante: L'amour des parents descend, et ne remonte pas.» Il a pris le proverbe dans un sens affreusement exagéré. Le véritable sens est que l'amour des père et mère pour les enfants surpasse celui des enfants pour les père et mère. La nature, veillant à la conservation des espèces, a voulu donner la plus grande énergie au sentiment paternel et maternel, afin d'enchaîner les parents à tous les soins nécessaires pour protéger la frêle existence des enfants; et nous voyons qu'elle a agi ainsi dans tous les animaux comme dans l'homme. Elle n'a pas développé de même, il est vrai, le sentiment filial; mais de cette disproportion qu'elle a laissée dans l'amour il y a bien loin jusqu'à la haine. L'une est dans la nature et l'autre est dénaturée, dit La Harpe, en réfutant l'opinion d'Helvétius dans une de ces belles pages dont je viens de reproduire les traits principaux, et qui se termine par ces paroles remarquables: «Le plus funeste effet de ces calomnieux paradoxes, c'est qu'en les lisant l'ingrat et le fils dénaturé pourront se dire qu'ils sont comme les autres hommes. Méritent-ils le nom de philosophes, ceux qui n'ont écrit que pour la justification des monstres?»
Les Arabes disent: Le cœur d'un père est dans son fils, le cœur du fils est dans la pierre.