Vieillard qui fait l'amour est un agonisant en chemise de noce.
Ce proverbe, d'une originalité spirituelle, exprime la même idée que le précédent. Il fait allusion à une ancienne coutume qui consistait à conserver soigneusement la chemise qu'on portait le jour de son mariage pour la reprendre au lit funèbre, comme un suaire dans lequel on devait être inhumé. Cette coutume existe encore en Bretagne et dans plusieurs autres localités, où l'on se fait un pieux devoir de tenir en réserve la chemise nuptiale, afin de l'employer à une toilette de mort, à une toilette dans laquelle on doit, dit-on, paraître devant le bon Dieu.
Amour se nourrit de jeune chair.
Voilà le Cupidon mythologique transformé en un ogre à qui il faut la chair fraîche des jouvenceaux et des jouvencelles. Cet ogre-là pourtant ne fait peur à personne; on ne le fuit pas; on cherche, au contraire, à s'approcher de lui, on met tous ses soins à l'attirer, on veut lui servir d'aliment, et de toute part on n'entend que des voix qui lui crient, comme les enfants d'Ugolin à leur père: «Mangia di noi, mange de nous.» Les vieux et les vieilles ne sont pas moins empressés que les jeunes à s'offrir en sacrifice; mais il se montre fort peu disposé en leur faveur, leur viande coriace ne lui paraît pas propre à entretenir son appétit.
Ce proverbe était très-répandu au dix-septième siècle, et c'est sans doute à cause de cela que La Fontaine, dans son conte intitulé Comment l'esprit vient aux filles, ne craignit pas de risquer ces deux vers dont tout le sel ne consiste qu'à y faire allusion:
Amour n'avait à son croc de pucelle
Dont il crut faire un aussi bon repas.
L'amour n'a point de règle.
C'est ce qu'a dit saint Jérôme vers la fin de sa lettre à Chromatius: «Amor nescit ordinem. L'amour ne connaît point l'ordre ou la règle.» Anacréon avait dit avant lui: «Bacchus, secondé de l'amour, folâtre sans règle.» (Od. 50.) L'amour, en effet, semble ne pouvoir s'astreindre à rien de régulier dans sa manière d'être, et ses élans passionnés ne peuvent se plier aux froids calculs de la réflexion. «Qui ne sçait en son eschole, combien on procede au rebours de tout ordre? l'estude, l'exercitation, l'usage sont voyes à l'insuffisance: les novices y regentent: Amor ordinem nescit. Certes, sa conduicte a plus de garbe (bonne grâce) quand elle est meslée d'inadvertence et de trouble; les faultes, les succez contraires, y donnent poincte et grace: pourveu qu'elle soit aspre et affamée, il chault peu qu'elle soit prudente: voyez comme il va chancellant, chopant et follastrant; on le met aux ceps (aux entraves, aux chaînes), quand on le guide par art et sagesse, et contrainct-on sa divine liberté, quand on la soubmet à ces mains barbues et calleuses.» (Montaigne, Essais, liv. III, ch. V.)
Le plaisir est le tombeau de l'amour.