(Lib. XIV, epigr. 181.)
D'oiseaux, de chiens, d'armes, d'amours,
Pour un plaisir mille doulours.
Ce vieux proverbe, qu'on trouve dans le Grand Testament de Villon, atteste combien les anciens seigneurs français devaient prendre à cœur tout ce qui concernait la fauconnerie, la vénerie, les tournois et la galanterie, quatre objets importants de leurs occupations et de leurs goûts. On sait qu'ils professaient un culte chevaleresque pour les dames, et qu'ils regardaient l'oiseau, le chien et l'épée comme des symboles qui caractérisaient les prérogatives de leur rang. Quand ils voyageaient, ils avaient toujours leur chien favori auprès d'eux, l'épervier sur le poing, et l'épée au côté. S'ils étaient faits prisonniers dans quelque combat, la loi ne leur permettait pas d'offrir pour rançon ces attributs de leur noblesse, mais elle leur laissait la faculté de livrer des centaines de paysans de leurs terres.
Le fait suivant, rapporté par Abbon de Saint-Germain dans son poëme latin sur le siége de Paris, est encore une preuve frappante de l'importance qu'ils attachaient particulièrement à leurs oiseaux. Douze gentilshommes près de périr dans la tour du Petit-Pont, à laquelle les Normands qui l'assiégeaient avaient mis le feu, donnèrent la volée à leurs autours pour les empêcher de tomber entre les mains de ces barbares, qu'ils jugeaient indignes d'une si précieuse conquête.
Sont aussi bien amourettes,
Sous bureaux comme sous brunettes.
La brunette était une sorte de fin drap de soie de couleur brune, dont les personnes de qualité s'habillaient au treizième siècle, tandis que le bureau ou la bure était une étoffe grossière de laine à l'usage des gens du commun. De là ce proverbe qui se trouve textuellement dans le roman de la Rose, pour signifier que l'amour étend également son empire sur toutes les conditions, et qu'il n'a pas moins de charmes dans les petites que dans les grandes.
Un amoureux est toujours craintif.
Ce proverbe, usité chez beaucoup de peuples, est traduit du vingtième article du Code d'amour: Amorosus semper est timorosus. Il s'explique très-bien par les réflexions suivantes tirées de divers endroits du Discours de Pascal sur les passions de l'amour. «Le premier effet de l'amour, c'est d'imposer un grand respect, l'on a de la vénération pour ce qu'on aime. Il est (c'est) bien juste: on ne reconnaît rien de grand comme cela.»—«Dans l'amour on n'ose hasarder de peur de tout perdre; il faut pourtant avancer; mais qui peut dire jusques où? L'on tremble toujours jusqu'à ce qu'on ait trouvé ce point.»—«Il n'y a rien de si embarrassant que d'être amant, et de voir quelque chose en sa faveur sans l'oser croire; l'on est également combattu de l'espérance et de la crainte. Mais enfin la dernière devient victorieuse de l'autre.»
Il y avait en langue romane un proverbe analogue: Qui non tem non ama coralmen, c'est-à-dire: «Qui ne craint pas, n'aime pas cordialement.»