Ce proverbe oppose franchement les joies de l'amour aux soucis de la richesse, et semble vous dire: Préférez ce qui dilate le cœur à ce qui le resserre. Il nous est venu de la langue romane, et il se trouve dans ce vers du troubadour Pierre Cardinal:
El ric s'irais mentre l'amoros dansa.
Les tisons relevés chassent les amoureux.
Dicton fondé sur un usage très-ancien, d'après lequel une jeune fille, lorsqu'elle voulait se débarrasser des poursuites d'un jeune homme qui la recherchait en mariage, lui donnait rendez-vous chez elle, et courait se cacher, à son arrivée, après avoir relevé les tisons du feu, lui signifiant par là sans doute qu'ils ne devaient pas avoir l'un et l'autre un foyer commun.
Il se pratique encore aujourd'hui quelque chose d'analogue dans le département des Hautes-Alpes, où les belles congédient les galants en leur présentant le bout non allumé d'un tison.
Il va sans dire que si l'on éconduisait un prétendant en lui faisant voir les tisons éteints, on le retenait en les lui montrant allumés. C'étaient deux choses corrélatives passées en coutume, qui se rattachaient également aux antiques formalités du mariage, où le feu entrait comme élément symbolique, ainsi que je l'ai remarqué en expliquant la locution proverbiale: [Allumer la chandelle à quatre cornes].
On vient de lire deux exemples assez curieux de la première, en voici encore deux de la seconde qui ne le sont pas moins:
Dans la province d'Utrecht, principalement à Zeyst, près de cette ville, chez la secte indépendante des Hernudders, le jeune homme qui recherche une jeune fille en mariage va sonner à la porte de la maison qu'elle habite, et demande du feu pour allumer son cigare ou sa pipe. Cette visite est suivie d'une seconde, et si le feu lui est accordé, il se présente une troisième fois. Alors il est reçu comme épouseur, et la jeune fille lui donne une poignée de main. Si, pendant ce temps, il finit de fumer son cigare, elle lui en offre un nouveau, et l'affaire est conclue. Lorsqu'il n'est pas agréé, la porte reste fermée pour lui, et il faut qu'il aille chercher femme ailleurs.
Le même usage existe chez les Mormons; mais c'est la jeune fille qui prend l'initiative de présenter le cigare et le feu.
L'usage symbolique de notifier un refus de mariage en offrant aux yeux des prétendants les tisons relevés, c'est-à-dire le foyer sans feu, donna lieu dans la suite à une superstition dont il reste encore quelque vestige: «Lorsqu'il y a une femme veuve ou quelque fille à marier dans une maison, dit le curé Thiers, et qu'elles sont recherchées en mariage, il faut bien se donner de garde de relever les tisons, parce que cela chasse les amoureux.» (Traité des Superst., t. III, p. 455.)