L'Italien est désolé,
L'Espagnol est inconsolable,
L'Allemand se console à table,
Le Français est tout consolé.
Le meilleur parti qu'il y ait à prendre quand on veut se délivrer des peines de l'amour, c'est de le traiter à la manière française. Mais comme cela ne convient pas à tous les tempéraments, je vais indiquer une recette médicale dont la généralité des individus peut faire usage au besoin. Je l'ai trouvée dans les œuvres du célèbre Huet, évêque d'Avranches. Ce docte prélat, plein de compassion pour les cœurs en souffrance, les avertit très-sérieusement que l'amour est, comme la fièvre, une maladie qui se guérit par les secours de la médecine, en provoquant d'abondantes sueurs et en pratiquant de copieuses saignées. Et certes on ne contestera point que l'amour ainsi purgé de ses humeurs malignes et dégagé de ses esprits enflammés ne soit réduit à l'impuissance. Mais, dira-t-on, n'est-il pas à craindre qu'il reprenne dans la suite ses premières ardeurs? Notre auteur a prévu cette objection, et l'a réfutée par le fait suivant, qu'il rapporte en ces termes: «Un grand prince que nous avons connu, atteint d'une passion violente pour une demoiselle d'un grand mérite, fut contraint de partir pour l'armée. Tant que son absence dura, sa position s'entretint par le souvenir et par un commerce de lettres très-fréquent et très-régulier, jusqu'à la fin de la campagne, où une maladie dangereuse le réduisit à l'extrémité. On proportionna les remèdes au mal, et on mit en usage tout ce que la médecine enseigne de plus efficace: il reprit la santé, mais sans reprendre son amour, que de grandes évacuations avaient emporté à son insu.»
Il est clair, d'après cela, que si l'on désire un bon remède d'amour, ce n'est pas à Ovide, mais à M. Purgon qu'il faut le demander.
On a remarqué sans doute que, dans la série des proverbes sur l'amour, il s'en trouve un assez grand nombre qui ont été formés de comparaisons ou de métaphores fort ingénieuses.
Frappé du caractère original qui les distingue, je m'étais plu à les mettre en vers dans l'intention d'en illustrer les dernières pages de ce chapitre, espérant atténuer leur double emploi par les agréments de la forme métrique; mais je renonce à ce dessein dont la mise en œuvre ne serait en dernière analyse qu'un duplicata bien ou mal versifié.
Qu'on me permette pourtant de donner ici deux quatrains consacrés à deux de ces proverbes oubliés dans la série en question.