Il y a beaucoup d'autres comparaisons dans lesquelles le mariage est tourné en plaisanterie. Je ne citerai que la suivante: «Le mariage est comme une armée composée d'une avant-garde, d'un corps de bataille et d'une arrière-garde. A l'avant-garde se trouvent les amours, enfants perdus qui périssent au premier choc; au corps de bataille est le sacrement, dont la force résiste à toutes les attaques et tient bon jusqu'à la fin; à l'arrière-garde sont les regrets et les dégoûts, qui semblent se multiplier et devenir plus terribles, tant que l'action reste engagée.»

Les quinze joies de mariage.

Cette expression ironique, par laquelle on désigne les contrariétés inhérentes à l'état de mariage, sert de titre à un ouvrage anonyme qui date du milieu du quinzième siècle, et qui est attribué à Antoine la Sale, ingénieux écrivain à qui nous devons le Petit Jehan de Saintré. Le livre des Quinze Joyes de mariage, ainsi nommé par une railleuse antiphrase, offre l'analyse de toutes les déceptions et de toutes les douleurs irrémédiables que peut produire l'union conjugale: la préface en avertit en ces termes: «Celles quinze joyes de mariage sont les plus graves malheuretés qui soient sur terre, auxquelles nulles autres peines, sans incision de membres, ne sont pareilles à continuer.»

Le mariage est le tombeau de l'amour.

«Au bout d'un certain temps, la beauté des femmes perd toute sa force à l'égard de leur mari, telle étant la nature des choses qu'elles ne touchent plus quand on y est accoutumé… Si la beauté fait les conquêtes, ce n'est pas elle qui les conserve. Un mari, qui n'était devenu amoureux que parce que sa maîtresse était belle, ne continue point à être amoureux parce que sa femme continue à être belle. La coutume le rend dur contre cette espèce de charme; il s'avance peu à peu vers l'insensibilité. Les uns y arrivent plus tôt, les autres plus tard; mais enfin on y arrive, et la tendresse qu'on peut conserver, et que l'on conserve en effet assez souvent, se trouve fondée, non sur la beauté, mais sur d'autres qualités. L'expérience fait voir que les maris dont l'amitié est la plus longue et la plus ferme ne sont pas pour l'ordinaire ceux qui ont de belles femmes.» (Bayle, art. Junon.)

On a dit que l'amour pouvait aller au delà du tombeau, mais on n'a jamais dit qu'il pût aller au delà du mariage.

Euripide a dit, dans une de ses tragédies: «Le lit nuptial est funeste à l'homme et à la femme.» Ce lit, en effet, est comme un bûcher funèbre où leur amour se réduit bientôt en cendres.

On connaît ce distique proverbial:

De l'amour à l'hymen telle est la différence

Que le premier finit quand le second commence;