Proverbe fondé sur une disposition de notre vieille jurisprudence, qui condamnait au supplice de la corde l'homme convaincu d'avoir séduit une fille, bien qu'il eût ensuite réparé sa faute en se mariant avec elle, du consentement de la famille à laquelle il l'avait ravie; car la réparation ne désarmait pas toujours la loi. Ce proverbe n'est point tombé en désuétude, malgré l'abrogation d'une loi si rigoureuse: les mauvais plaisants l'ont conservé, en lui donnant une acceptation nouvelle. Ils l'emploient quelquefois pour signifier que le meilleur mariage est fort sujet à tourner à mal, et que la joie dont les nouveaux époux s'enivrent finit par se changer en un violent désespoir qui les porte à se pendre.

Le mariage est comme le figuier de Bagnolet, dont les premières figues sont bonnes, mais dont les tardives ne valent rien.

Cette comparaison proverbiale a deux significations: la première, généralement adoptée comme la plus naturelle, est que le mariage commence bien et finit mal; la seconde est qu'il peut donner quelques jours de bonheur aux jeunes gens, mais qu'il ne saurait produire que des malheurs pour les vieillards. C'est ce que me paraît indiquer le passage suivant de la comédie de la Veuve, par Pierre de Larivey, où Ambroise, qui veut se marier, malgré son âge un peu avancé, dit: «J'ai toujours vécu seul, sans compagnie, et par ainsi gardé mon suc en moi-même.» A quoi Léonard répond: «Ce suc sera comme celui du figuier de Bagnolet, dont les premières figues sont bonnes, mais les tardives ne valent rien.» (Act. I, sc. III.)

En mariage trompe qui peut.

C'est-à-dire que les personnes qui peuvent tromper le font avec impunité, car il n'y a pas de recours légal contre les tromperies et les fraudes au moyen desquelles le mariage a été conclu. Ce proverbe est rapporté dans les Institutes coutumières de Loisel, dont les éditeurs l'expliquent en ces termes: «Le dol commis à l'égard des biens, de l'âge, de la qualité, de la profession ou de la dignité de ceux qui se marient, n'annule pas l'union.»

Ainsi notre formule proverbiale est l'expression d'une loi qui donne raison aux plus habiles dans ce grand combat de ruses entre les prétendus et les prétendues qui cherchent à faire ensemble, aux dépens de l'un et de l'autre, un de ces traités de mariage dont la dissimulation est le lien et l'intérêt le fondement. Elle peut être regardée comme une sorte de væ victis prononcé contre les dupes. Nous recommandons à ceux qui se marient de s'en souvenir, et à ceux qui sont mariés de l'oublier.

Le mariage est comme une forteresse assiégée, ceux qui sont dehors veulent y entrer, ceux qui sont dedans veulent en sortir.

Proverbe emprunté aux Arabes. Dufresny, dans une de ses comédies, en a donné cette variante: «Le pays du mariage a cela de particulier, que les étrangers ont envie de l'habiter, et que les naturels voudraient en être exilés.»

Socrate disait: «Les jeunes gens cherchant à se marier ressemblent aux poissons qui se jouent de la nasse du pêcheur. Tous se pressent pour y entrer, tandis que les malheureux qui sont retenus font tous leurs efforts pour en sortir.»

Montaigne fait une plaisanterie de cette sorte dans un endroit même de ses Essais, où il cherche à rendre au mariage l'honneur qu'il mérite. «Ce qu'il s'en veoid si peu de bons, dit-il, est signe de son prix et de sa valeur. A le bien façonner et à le bien prendre, il n'est point de plus belle piece en nostre société: nous ne nous en pouvons passer et l'allons avilissant. Il en advient ce qui se veoid aux cages: les oyseaux qui en sont dehors desesperent d'y entrer; et d'un pareil soing en sortir, ceux qui sont au dedans.» (Liv. III, chap. V.)