J'ajouterai que ce monogramme, qu'on inscrivait jadis sur les tombeaux des femmes, a donné lieu aussi à cet autre dicton: Les bonnes femmes sont toutes au cimetière.
Bonne femme, mauvaise tête,
Bonne mule, mauvaise bête.
Encore un dicton qui tient à l'interprétation que nos pères, grands amateurs de rébus, ont donnée abusivement au monogramme M. B. (Mulier Bona) dans lequel ils ont vu Mula Bona (mule bonne), tout aussi bien que Mala Bestia, ce qui a fait dire, en combinant les trois versions: Une bonne femme et une bonne mule sont deux mauvaises bêtes. A la vérité, le dicton: Bonne femme, mauvaise tête; bonne mule, mauvaise bête, n'indique la prétendue similitude des deux êtres que par un simple rapprochement, au lieu de la marquer en termes exprès; mais la réticence a été malignement calculée pour mieux attirer l'attention sur l'entêtement de la femme, auprès duquel n'est pas même compté celui de la mule, qui passe pourtant pour la bête la plus têtue. C'est un trait décoché avec une habileté perfide contre la tête féminine. Malgré cela, il ne reste pas moins impuissant que tous les autres traits auxquels cette tête a été destinée à servir de but. Elle est, dit-on, à l'épreuve de toutes les atteintes, par la faveur spéciale de Satan, toujours attentif à la conservation de son plus cher ouvrage; car sachez bien que Satan en a été le fabricateur. Ce n'est pas moi qui le dis; c'est un grave docteur in utroque jure. On lit dans le livre savant et curieux intitulé: Sylva nuptialis (la Forêt nuptiale), composé par Jean Nevizan, professeur de droit à Turin, au commencement du seizième siècle: «Dieu se plut à former dans la femme toutes les parties du corps qui sont douces et aimables; mais pour la tête, il ne voulut pas s'en mêler, et il en abandonna la façon au diable. De capite noluit se impedire, sed permisit illud facere dæmoni.»
Les impertinents prétendent que ce fait est hors de doute, attendu que l'ouvrage porte la marque de l'ouvrier.
La femme ne doit pas apporter de tête dans le ménage.
Le mot tête se prend pour entêtement, volonté opiniâtre, dans ce vieux proverbe qui correspond très-exactement, par le sens et par l'expression, à la maxime latine du moyen âge: «Mulier non debet esse proprii capitis. La femme ne doit pas avoir une tête à elle,» c'est-à-dire ne doit pas agir d'après sa propre tête.
C'est assez d'une seule tête chez un couple conjugal. S'il y en avait deux, elles ne sauraient compatir ensemble, car deux têtes de cette espèce ne sont pas de celles qui puissent réaliser le symbole proverbial des deux têtes dans un bonnet. Elles se choqueraient sans cesse comme les têtes de deux béliers furieux, et Dieu sait quels graves accidents il en résulterait pour l'une et pour l'autre. Il faut donc que la femme renonce à la sienne, qu'elle se soumette à l'autorité raisonnable de son mari, et qu'elle n'ait d'autre volonté que la volonté de son mari.
Les Danois disent: Heureux ménage, lorsque la femme est sans volonté et qu'elle consulte son mari.
La bonne femme est celle qui n'a point de tête.
Je crois que ce proverbe n'est qu'une variante du précédent. Mais au lieu de s'entendre au figuré, il s'entend presque toujours au propre. Cette scandaleuse acception, qu'y attachent les mauvais plaisants, est provenue d'une singulière anecdote que j'ai racontée dans mes Études sur le langage proverbial, et que M. Édouard Fournier, dans un savant et spirituel article sur mon ouvrage, a redite en termes nouveaux que je vais lui emprunter, persuadé que les lecteurs auront probablement plus d'agrément à lire sa rédaction qu'à relire la mienne.