«Je ne répète, a-t-il dit, le proverbe, avec son commentateur, que pour le réfuter comme lui, et prouver, à votre plus grande gloire, mesdames, que son origine est un contre-sens.

»Au seizième siècle, pour dire renommée, on disait fame, du latin fama, d'où cette expression: bien ou mal famé.

»Ainsi, parlant de la renommée, Ronsard a écrit dans la quatrième hymne de son livre Ier:

Mais la fame qui vole et parle librement…

»Les marchands qui ont toujours eu la manie de mettre sur leur enseigne une bonne renommée, qu'ils n'ont pas toujours, firent peindre au-dessus de leur boutique la bavarde déesse avec ces mots: A la bonne fame.

»Les peintres, qui savaient leur Virgile, n'avaient pas manqué de représenter la Renommée comme le demande le poëte, dans le 117e vers du quatrième livre de l'Énéide, c'est-à-dire la tête complétement perdue dans les nuages, inter nubila. De là vint l'erreur. En voyant cette déesse sans tête, avec ces mots sous ses pieds: A la bonne fame, on crut à une épigramme. Ce qui n'était, encore une fois, qu'un contre-sens, devint une malice qui court encore.»

Le cerveau de la femme est fait de crème de singe et de fromage de renard.

Bouffonnerie excessivement drôlatique pour faire entendre que la femme n'a pas de cerveau, puisque les deux animaux, types de malice et de ruse, avec lesquels ce dicton veut la montrer apparentée de nature, ne fournissent point les substances dont il suppose que son cerveau est composé. C'est un trait facétieux de l'humeur gauloise, en prenant le mot humeur dans le sens qu'il avait autrefois et que les Anglais donnent à leur mot humour qu'ils ont pris du nôtre.

Corps de femme et tête de diable.

Notre-Seigneur Jésus-Christ et saint Pierre se promenaient un soir, à la nuit tombante, dit une vieille légende populaire. Ils entendirent des cris qui annonçaient une grande querelle. Le Fils de Dieu ordonna à son apôtre d'aller au plus vite à l'endroit d'où partaient ces cris et d'y faire régner la paix. L'apôtre y courut, et y vit une femme aux prises avec le diable. Il s'efforça de les séparer et de les mettre d'accord, mais il eut beau faire et dire, le diable et la femme le repoussèrent et leur dispute continua plus opiniâtre. Indigné de voir son autorité ainsi méconnue, il ne put maîtriser un mouvement de colère et, tirant son glaive, il coupa la tête à l'un et à l'autre. Puis il retourna auprès de son divin maître, à qui il raconta ce qu'il venait de faire. Le Seigneur lui reprocha vivement cette action criminelle et le renvoya auprès de ses victimes, afin de rajuster la tête de chacune d'elles au corps dont elle avait été séparée. Saint Pierre repartit en toute hâte, désireux de réparer le mal. L'obscurité était déjà un peu épaisse quand il arriva. Il retrouva à tâtons les deux têtes, les remit de même en leur place et, les ayant entendues recommencer aussitôt la dispute, il se retira, persuadé que rien ne manquait à son opération. Cependant ce merveilleux rebouteur avait fait une étrange méprise: prenant une tête pour l'autre, il avait adapté celle de la femme au cou du diable et celle du diable au cou de la femme. De là le dicton: Corps de femme et tête de diable.