Cette maxime est attribuée par les anciens tantôt à Pittacus, tantôt à Cléobule, qui recommandaient tous deux de se marier selon sa condition. Le dernier disait pour raison: «Si vous épousez une femme d'une naissance plus relevée que la vôtre, vous aurez autant de maîtres qu'elle aura de parents;» vérité dont la démonstration a été donnée dans le Dolopatos, dans plusieurs fabliaux de nos trouvères, dans deux contes de Boccace, et dans le Georges Dandin de Molière.

Le poëte Eschyle admirait ce proverbe. Voici l'éloge qu'il en a fait dans son Prométhée enchaîné, scène VI: «Qu'il était sage, qu'il était sage, celui qui le premier conçut dans sa pensée, qui le premier fit entendre cette maxime au monde: C'est entre égaux qu'il faut s'allier! C'est là qu'est le bonheur. Jamais d'hymen entre le riche fastueux, entre le noble fier de sa race et le pauvre artisan… L'hymen entre égaux n'offre point de péril, et n'a rien qui m'épouvante.»

Les Hébreux disent qu'il faut descendre un degré pour prendre une femme, et en monter un pour faire un ami, afin que celui-ci nous protége et que l'autre nous obéisse.

Les mariages sont écrits dans le ciel.

Ce proverbe, dont la signification est que les mariages sont souvent imprévus et semblent dépendre de la destinée plutôt que des calculs humains, figurait dans notre vieux droit coutumier en ces termes rapportés par Loisel: Les mariages se font au ciel et se consomment sur la terre. Il avait été primitivement consigné dans un de ces formulaires de pratique mis en rimes latines dans le huitième et le neuvième siècle. C'est de là probablement qu'il est passé chez les Allemands, les Italiens, les Espagnols et les Anglais, etc. Ces derniers y ont fait une variante qui associe le nœud conjugal à celui qui serre le cou d'un pendu: «Marriage and hanging go by destiny. Mariage et pendaison vont au gré de la destinée.»

Je ne sais s'il est vrai que les mariages soient écrits dans le ciel, mais il est sûr qu'il y en a beaucoup sur lesquels le diable a de bonnes hypothèques.

On connaît ce mot d'une donzelle dépitée de voir les épouseurs échapper à ses galanteries: «Vous verrez que si les mariages sont écrits dans le ciel, le mien se trouvera au dernier feuillet.» Une autre, après la mort de son père, qui avait toujours refusé de la marier, quoiqu'elle en eût grande envie, s'écriait: «Dieu veuille que mon père ne voie point là-haut le registre où mon mariage est inscrit! il serait capable de déchirer la page.»

Année de noisettes, année de mariages.

Ou bien année d'enfants. Voici l'explication que j'ai donnée dans mes Études historiques, littéraires et morales sur les proverbes français et sur le langage proverbial.—Le fruit que la noisette renferme sous une double enveloppe a été regardé comme l'image de l'enfant dans le sein de sa mère, et l'on a conclu de cette similitude que les années abondantes en noisettes devaient l'être aussi en mariages ou en enfants. C'est de ce préjugé fort ancien, et non, comme on pourrait le croire, des rendez-vous donnés sous la coudrette ou la coudraie, qu'est né le dicton usité parmi les gens de la campagne et rappelé par A.-A. Monteil dans la phrase suivante de l'Histoire des Français des divers États (seizième siècle): «Vous savez que c'est l'année des noisettes: tout le monde se marie; sans plus attendre, mademoiselle, marions-nous.»

Il faut attribuer à la même cause l'usage antique de répandre des noix aux cérémonies nuptiales, usage qui n'avait pas pour but de marquer, ainsi qu'on l'a prétendu, que l'époux renonçait aux amusements futiles et ne songeait plus qu'aux graves devoirs de son nouvel état, mais d'exprimer un vœu pour la fécondité de l'épouse, car la noix présentait le même symbole que la noisette. C'est ce que dit formellement Pline le naturaliste, liv. XXV, chap. XXIV. Festus assure également, au mot Nuces, que les noix étaient jetées, pendant les noces, en signe de bon présage pour la mariée: Ut novæ nuptæ intranti domum novi mariti auspicium fiat secundum et solistimum.