Il est trop tôt pour se marier quand on est jeune, et trop tard quand on est vieux.

Proverbe pris de la réponse que fit Thalès à sa mère Cléobuline qui le pressait d'accepter un parti avantageux: «Ma mère, quand on est jeune, il n'est pas temps de se marier; quand on est vieux, il est trop tard; et un homme entre deux âges n'a pas assez de loisir pour se choisir une épouse.»

Ce mot considéré comme plaisanterie est assez bon, mais pris au sérieux il ne saurait être approuvé. Le célibat qu'il conseille produit des résultats plus déplorables que le mariage. Si celui-ci a des contrariétés et des ennuis, l'autre n'en manque pas, et de plus il est livré à une foule de vices qui blessent les lois de la morale et minent les fondements de la société. «A Dieu ne plaise, dit Montesquieu à ce sujet, que je parle contre le célibat qu'a adopté la religion! Mais qui pourrait se taire contre celui qu'a formé le libertinage, celui où les deux sexes, se corrompant par les sentiments naturels mêmes, fuient une union qui doit les rendre meilleurs pour vivre dans celle qui les rend toujours pires?

«C'est une règle tirée de la nature que plus on diminue le nombre des mariages qui pourraient se faire, plus on corrompt ceux qui sont faits; moins il y a de gens mariés, moins il y a de fidélité dans les mariages, comme lorsqu'il y a plus de voleurs il y a plus de vols.» (Esprit des lois, liv. XXIII, ch. XXI, à la fin.)

Ajoutons qu'il est fort rare de rencontrer un célibataire devenu vieux qui ne gémisse de son état. Il n'y a point pour lui de famille; il achève ses tristes jours dans une sorte de séquestration, sous la garde incommode de quelque collatéral avide ou de quelque servante-maîtresse dont l'unique pensée est d'accaparer son héritage.

Le proverbe est très-bien réfuté par les observations qu'on vient de lire. Il l'est de même par cette phrase du chancelier Bacon qui présente une belle triade proverbiale: «A tout âge on a des raisons de se marier, car les femmes sont nos maîtresses dans la jeunesse, nos compagnes dans l'âge mûr, et nos nourrices dans la vieillesse.»

Il ne faut se marier ni trop tôt ni trop tard.

Je citerai à propos de ce proverbe un passage curieux extrait du commentaire plein d'érudition et d'élégance sur les œuvres de Coquillart par M. Charles d'Héricault: «Trop tost marié et Trop tard marié étaient deux types des maris malheureux. Leurs infortunes furent soigneusement racontées dans ce cycle de poésies contre la femme, qui compose presque toute la littérature des derniers temps du moyen âge. Il existe une pièce sur Trop tost marié, Gringoire a fait la complainte de Trop tard marié, et l'on peut voir la résolution de Ny trop tost ny tard marié dans les Anciens poëtes françoys, tome III, page 129.»

Cette résolution est une pièce de vers dans laquelle son auteur anonyme énumère les malheurs des sots qui se sont trop pressés ou ont trop différé de s'enrôler dans la grande confrérie matrimoniale, et décrit les délices dont il s'enivre avec sa jeune compagne, qu'il a eu l'esprit de prendre en temps opportun. Mais il ne dit point précisément à quel âge il a contracté cette union. C'est probablement entre la trentième et la trente-cinquième année, conformément à l'usage assez généralement observé vers la fin du quatorzième siècle.

Platon, au livre VI de la République, avait prescrit de se marier dans cet intervalle, qui se conciliait fort bien avec le précepte d'Hésiode: «L'âge de trente ans convient pour l'union conjugale.» (Jours et Œuvres, chap. II.) Mais Aristote, dans sa Politique, VII, XVI, conseillait d'attendre jusqu'à trente-sept ans.