L'opinion publique est aujourd'hui moins injuste pour les femmes qu'on nomme bas bleus. Elle se contente de les signaler comme ridicules, en faisant toutefois d'honorables exceptions en faveur de celles à qui on ne peut refuser de vrais talents ni attribuer des manières excentriques.
Jamais habile femme ne mourut sans héritier.
C'est-à-dire que si le mari n'a pas assez de savoir-faire pour lui en donner un, elle ne se fait pas scrupule de s'adresser à la cour des Aides, qui lui fournit le vrai moyen de prévenir le cas de déshérence. Ce proverbe est traduit de l'espagnol: Muger aguda no muere sin herederos. On croit qu'il fut introduit dans notre langue par la citation qu'en fit le comte de Grignaux au comte d'Angoulême, devenu depuis François Ier, pour détourner ce prince de courtiser Marie d'Angleterre, troisième femme de Louis XII.
Il se pourrait pourtant qu'il fût en France d'aussi vieille date qu'en Espagne. Quoi qu'il en soit, l'idée qu'il exprime se retrouve chez divers peuples, et il est probable qu'elle a suggéré à Shakespeare ces paroles d'Yago à Desdémona dans le second acte d'Othello: «Femme belle n'est jamais sotte. Elle aura toujours l'esprit de se faire un héritier.»
Qui femme a, noise a.
Saint Jérôme dit: «Qui non litigat cælebs est. Celui qui n'a point de dispute vit dans le célibat.» Ce qui paraît avoir été un proverbe de son temps, inventé probablement par quelque moine. Ainsi, il est décidé par l'autorité même d'un Père de l'Église que les querelles sont inséparables de l'état de mariage. Mais est-ce avec raison que le tort de ces querelles est imputé aux femmes seules, comme le fait entendre cet autre proverbe formulé par Ovide: Dos est uxoria lites.
Consultez ces dames: elles répondront toutes qu'il appartient en entier aux maris, qui ont voulu les charger des reproches qu'ils méritent eux-mêmes. Après cela, tâchez de résoudre, si vous le pouvez, une question qui divise le genre humain en deux opinions si tranchées. Le plus sage est de croire que ces opinions sont également fondées. Montaigne dit très-bien, à la fin du chapitre V du livre III de ses Essais: «Il est bien plus aisé d'accuser un sexe que d'excuser l'autre.»
Cependant, s'il fallait émettre son avis sur cette grave question, je n'hésiterais pas à prononcer que les femmes ont plus souvent raison que les hommes, en me fondant sur cette maxime chinoise, qui n'est pas moins vraie à Paris qu'à Pékin: «Un mari ne connaît pas assez sa femme pour oser en parler, et une femme connaît trop bien son mari pour pouvoir s'en taire.»
La femme querelleuse est pire que le diable.
L'explication de ce proverbe se trouve dans ce distique latin d'un auteur du moyen âge: