Les dames parisiennes se fardaient beaucoup au dix-huitième siècle. Un étranger, à qui l'on demanda ce qu'il pensait de leurs charmes, répondit sans façon: «Je ne me connais pas en peinture.»

Soleil qui luisarne au matin,
Enfant qui est nourri de vin
Et femme qui parle latin
Ne viennent pas à bonne fin.

Ce soleil est pluvieux, cet enfant est valétudinaire, et cette femme est supposée ne faire usage de son esprit que pour dominer ou tromper son mari.

On lit dans l'Histoire du Bas-Empire que l'empereur Théophile ne voulut pas épouser la belle Icasie, dont il était fort épris, parce qu'elle lui fit un jour une réponse si spirituelle qu'il en fut épouvanté.

«Une femme bel esprit, dit Jean-Jacques Rousseau, est le fléau de son mari, de ses enfants, de ses amis, de ses valets, de tout le monde. De la sublime élévation de son beau génie, elle dédaigne tous ses devoirs de femme et commence toujours par se faire homme à la manière de Mlle de Lenclos. Au dehors, elle est toujours ridicule et très-justement critiquée, parce qu'on ne peut manquer de l'être sitôt qu'on sort de son état et qu'on n'est point fait pour celui qu'on veut prendre. Toutes les femmes à grands talents n'en imposent qu'aux sots. On sait toujours quel est l'artiste ou bien l'ami qui tient la plume ou le pinceau quand elles travaillent; on sait quel est le discret homme de lettres qui leur dicte en secret leurs oracles. Toute cette charlatanerie est indigne d'une honnête femme. Quand elle aurait de vrais talents, sa prétention les avilirait. Sa dignité est d'être ignorée, sa gloire est dans l'estime de son mari, ses plaisirs sont dans le bonheur de sa famille… Toute fille lettrée restera fille quand il n'y aura que des hommes sensés sur la terre.» (Émile, liv. V.)

Quæris cur nolim te ducere, Galla? diserta es.

(Martial, XI, 20.)

On connaît cette pensée du vicomte de Bonald: «A un homme d'esprit il ne faut qu'une femme de sens. C'est trop de deux esprits dans un ménage.» Elle me rappelle la plaisante raison qu'allégua le troubadour Raymond de Miraval à sa femme en la répudiant: «Tu rimes comme moi: c'est assez d'un poëte dans un ménage.»

Mlle de Lespinasse disait: «Les femmes doivent être instruites, mais non savantes.»

Le préjugé contre les femmes savantes ou clergesses, comme on les appelait autrefois, était fort répandu dans le moyen âge, et les faisait passer pour magiciennes et sorcières. On croyait qu'elles étaient capables de faire éclore, par leur sueur, des monstres qui ne pouvaient être détruits qu'à force d'eau bénite et d'exorcismes. Il existe sur ce sujet diverses traditions plus absurdes les unes que les autres. Marchangy, dans son Tristan, ch. XXVI, en cite une d'après laquelle une femme savante de Ploujean (en Bretagne) aurait fait couver un œuf de serpent d'où serait sorti un dragon volant à trois têtes, qui ne se nourrissait que de sang humain.