On disait au treizième siècle: Le pire riens qui soit est une male femme, c'est-à-dire une méchante femme. Mais ce proverbe remonte beaucoup plus haut. L'idée qu'il exprime se trouve dans l'Iliade où Agamemnon s'écrie: «O femmes, lorsque vous tournez au mal, les furies de l'enfer ne sont pas plus méchantes.» En effet, dès qu'elles ont renoncé à cette retenue qui est le premier mérite de leur sexe, il n'y a point d'excès dont elles ne deviennent capables. C'est une vérité qu'ont mise en évidence de grands poëtes tragiques dans la peinture qu'ils ont faite des femmes perverses et cruelles. Voyez lady Macbeth, de Shakespeare; Médée, Cléopatre et Rodogune, de P. Corneille.

M. V. Hugo, dans sa Légende du beau Pécopin, charmant épisode de ses Lettres sur le Rhin, cite le proverbe suivant sur la méchanceté féminine: Les chiens ont sept espèces de rage, les femmes en ont mille.

Je ne sais quelles sont les sept espèces de rage des chiens, et encore moins les mille des femmes.

Il y a plusieurs autres dictons grossiers où les femmes sont assimilées aux chiens sous divers rapports, parmi lesquels ne figure point, on le pense bien, celui de la fidélité. Je m'abstiens de les reproduire, car ils ne peuvent donner lieu à aucune remarque susceptible de quelque intérêt; mais je rappellerai qu'une telle assimilation existait dans le langage proverbial des anciens. Elle avait été suggérée peut-être par une tradition mentionnée dans une poésie de Simonide. Ce poëte dit que Dieu forma la femme de la substance d'une chienne, et la fit semblable à sa mère: Mulierem ex cane fecit Deus, parenti suæ similem. Ces mots latins sont la traduction littérale du texte grec, dont le sens allégorique n'a pas été expliqué par les commentateurs.

Il faut craindre sa femme et le tonnerre.

Voilà un rapprochement qui présente la femme comme un être bien redoutable. L'est-elle donc à ce point?—Oui, s'il faut en croire l'Ecclésiastique, qui a fait de sa méchanceté un portrait effrayant, dont je ne citerai que ce trait analogue à notre proverbe: «Non est ira super iram mulieris. (XXV, 23.) Il n'y a pas de colère qui surpasse la colère de la femme.»

Virgile a dit: «On sait ce que peut une femme furieuse. Notumque furens quid fœmina possit. (Æneid., V, 6.)

La conclusion morale à tirer du proverbe, c'est qu'il faut avoir pour sa femme des procédés pleins de douceur; car plus son courroux est à craindre, plus il importe à l'homme de ne pas le provoquer.

La femme est un mal nécessaire.

Mulier malum necessarium, proverbe de tous les temps et de tous les lieux, pour signifier que l'homme ne peut se passer de la femme, et qu'il doit s'appliquer à vivre avec elle aussi bien que possible puisqu'il ne saurait vivre sans elle.