Une femme ne cèle que ce qu'elle ne sait pas.

C'est-à-dire qu'une femme est incapable de garder un secret. Mais cela doit s'entendre d'un secret qui lui est confié et non d'un secret qui lui appartient en propre; car elle cache toujours très-bien ce qu'il lui importe personnellement de cacher; par exemple, son indiscrétion ne va presque jamais jusqu'à révéler son âge, pour peu que cet âge dépasse le chiffre de la première jeunesse, et si l'on veut la faire mentir à coup sûr, il n'y a qu'à le lui demander, comme le dit un proverbe qu'on trouvera commenté dans ce recueil.

La conclusion à tirer de ce proverbe, c'est qu'il ne faut confier aux femmes que les choses dont on désire que le public soit instruit.

Les Orientaux conseillent de se tenir en garde contre les trahisons attribuées, à tort ou à raison, à la langue féminine, en disant: Si la femme est mauvaise, méfie-toi d'elle; si elle est bonne, ne lui confie rien.

A qui Dieu veut aider sa femme lui meurt.

Ce proverbe paraît être une allusion à l'histoire de Job, dont Dieu fit, dit-on, mourir subitement la femme, quand il le délivra de tous ses maux, et lui rendit sa belle existence; car il jugeait impossible que le saint homme pût redevenir complétement heureux en conservant sa mauvaise compagne. Ce fait, qui ne se trouve point mentionné dans le texte sacré, est de tradition juive, et il doit être considéré comme une de ces fables imaginées par les rabbins pour expliquer et corroborer l'esprit de la Bible généralement hostile aux filles d'Ève.

Nous avons encore ce proverbe singulier sur l'avantage qu'un mari bien marri croit retirer de la mort de sa femme: A qui perd sa femme et un denier c'est grand dommage de l'argent. Les Italiens disent de même: Chi perde la sua moglie e un quattrino, ha gran perdita del quattrino.

Deuil de femme morte
Dure jusqu'à la porte.

Trop souvent, hélas! il ne va guère plus loin, et quelquefois même il y a lieu de soupçonner qu'il n'irait pas jusque-là s'il n'était accompagné du mécontentement que peut causer encore la présence de la morte. C'est un dernier effet de l'antipathie conjugale à laquelle cette contrariété semble communiquer une apparence de douleur, et voilà pourquoi l'on accuse les maris d'être toujours pressés de faire enterrer leurs femmes. On connaît le mot de celui qui ordonna de porter la sienne au cimetière au moment même où elle venait d'expirer. Comme on lui représentait que le corps était encore tout chaud: «Faites ce que je dis, s'écria-t-il en colère: elle est assez morte comme cela.»

Ci-gît ma femme. Ah! qu'elle est bien,
Pour son repos et pour le mien!