[3] Béguey se dit pour coq et, par extension, pour chant du coq, dans l'idiome du pays. Chanter le béguey a été originairement une ellipse de chanter comme le béguey ou coq.

Voici ce que disait à ce sujet un feuilleton signé J. B., dans la Quotidienne du 15 août 1845: «Une poule vient-elle à chanter le béguey, il n'y a pas un instant à perdre, il faut la porter au marché, la vendre et consacrer le prix obtenu à l'acquisition d'un cierge dont vous ferez hommage à la paroisse. Si vous n'avez pas trouvé d'acheteur pour cette bête réprouvée, vous aurez la ressource de la peser après l'avoir attachée dans un linge blanc, et vous verrez ensuite si elle demeure parfaitement tranquille. Je suppose que vous avez essayé de tous ces moyens, et qu'aucun ne vous a réussi: décidez-vous alors à tordre le cou au volatile. Il ne cesserait de faire des contorsions, des soubresauts, et entretiendrait au milieu de la population de votre basse-cour une inquiétude continuelle et des terreurs sans nom. Mais surtout que personne ne porte la dent sur la chair de la victime.»

Les Romains avaient aussi leur superstition sur le chant de la poule. Ce chant présageait aux maris que la femme serait la maîtresse. Donat, grammairien latin du quatrième siècle, en a fait la remarque dans son commentaire sur Térence, en expliquant la phrase Gallina cecinit, «la poule a chanté», que ce comique a employée, acte IV, sc. IV, du Phormion.

Pour faire mentir une femme à coup sûr il n'y a qu'à lui demander son âge.

Il est à peu près certain que, si elle répond à une telle question, elle ne le fera qu'aux dépens de la vérité, car elle voit trop d'avantages à être jeune et à le paraître pour qu'elle résiste à l'envie de se rajeunir un peu. De là cette accusation de mensonge formulée dans ce proverbe peu galant dont la LIIe des Lettres persanes offre le spirituel développement en action que voici:

«J'étais l'autre jour dans une société où je me divertis assez bien. Il y avait là des femmes de tous les âges; une de quatre-vingts ans, une de soixante, une de quarante qui avait une nièce de vingt à vingt-deux ans. Un certain instinct me fit approcher de cette dernière, et elle me dit à l'oreille: «Que dites-vous de ma tante qui, à son âge, veut avoir des amants et fait encore la jolie?—Elle a tort, lui dis-je, c'est un dessein qui ne convient qu'à vous.» Un moment après, je me trouvai auprès de sa tante qui me dit: «Que dites-vous de cette femme, qui a pour le moins soixante ans, qui a passé aujourd'hui plus d'une heure à sa toilette?—C'est un temps perdu, lui dis-je, et il faut avoir vos charmes pour devoir y songer.» J'allai à cette malheureuse femme de soixante ans et la plaignis dans mon âme, lorsqu'elle me dit à l'oreille: «Y a-t-il rien de si ridicule? Voyez cette femme qui a quatre-vingts ans, et qui met des rubans couleur de feu: elle veut faire la jeune, et elle y réussit, car cela approche de l'enfance.» Ah! mon Dieu! dis-je en moi-même, ne sentirons-nous jamais que le ridicule des autres? C'est peut-être un bonheur, disais-je ensuite, que nous trouvions de la consolation dans les faiblesses d'autrui. Cependant j'étais en train de me divertir, et je dis: Nous avons assez monté; descendons à présent, et commençons par la vieille qui est au sommet. «Madame, vous vous ressemblez si fort, cette dame à qui je viens de parler et vous, qu'il semble que vous soyez deux sœurs; je vous crois à peu près de même âge.—Vraiment, monsieur, me dit-elle, lorsque l'une mourra, l'autre devra avoir grand'peur; je ne crois pas qu'il y ait d'elle à moi deux jours de différence.» Quand je tins cette femme décrépite, j'allai à celle de soixante ans. «Il faut, madame, que vous décidiez un pari que j'ai fait: j'ai gagé que cette femme et vous, lui montrant la femme de quarante ans, étiez de même âge.—Ma foi, dit-elle, je ne crois pas qu'il y ait six mois de différence.» Bon! m'y voilà, continuons; je descendis encore et j'allai à la femme de quarante ans. «Madame, faites-moi la grâce de me dire si c'est pour rire que vous appelez cette demoiselle, qui est à l'autre table, votre nièce? Vous êtes aussi jeune qu'elle; elle a même quelque chose dans le visage de passé que vous n'avez certainement pas: et ces couleurs vives qui paraissent sur votre teint…—Attendez, me dit-elle, je suis sa tante, mais sa mère avait pour le moins vingt-cinq ans de plus que moi; nous n'étions pas de même lit; j'ai ouï dire à feu ma sœur que sa fille et moi naquîmes la même année.—Je le disais bien, madame, et je n'avais pas tort d'être étonné.»

»Mon cher Usbeck, les femmes qui se sentent finir d'avance par la perte de leurs agréments, voudraient reculer avec la jeunesse. Eh! comment ne chercheraient-elles pas à tromper les autres? elles font tous leurs efforts pour se tromper elles-mêmes, et se dérober à la plus affligeante de toutes les idées.»

Servez monsieur Godard! sa femme est en couches.

Ironie proverbiale contre les prétentions outrecuidantes d'un paresseux qui voudrait qu'on lui fît sa besogne, d'un indiscret qui, en demandant quelque service, semble l'exiger, ou d'un impertinent qui se donne des airs de commander. Elle fait allusion à un usage autrefois répandu dans le Béarn et dans les provinces limitrophes, en vertu duquel le mari d'une femme en couches se mettait au lit pour recevoir les visites des parents et amis, et s'y tenait mollement plusieurs jours de suite, ayant soin de se faire servir des mets succulents. Une telle étiquette, désignée par l'expression faire la couvade, qui en indique assez clairement le motif, se rattachait probablement au culte des Geniales, dieux qui présidaient à la génération. Elle n'était pas moins ancienne que singulière. Le poëte Apollonius de Rhodes en a signalé l'existence sur les côtes des Tiburéniens, «où les hommes, dit-il, se mettent au lit quand les femmes sont en couches, et se font servir par elles». (Argonaut., ch. II.) Diodore de Sicile et Strabon rapportent qu'elle régnait de leur temps en Espagne, en Corse et en plusieurs endroits de l'Asie, où elle s'est conservée parmi quelques tribus de l'empire chinois. Les premiers navigateurs qui abordèrent au nouveau monde l'y trouvèrent établie. Il n'y a pas longtemps qu'elle était observée par les naturels du Mexique, des Antilles et du Brésil. Des voyageurs assurent qu'elle existe encore chez quelques sauvages de l'Amérique et chez certaines peuplades africaines; enfin, elle n'est pas entièrement tombée en désuétude dans la Biscaye française, où des personnes dignes de foi attestent en avoir été deux ou trois fois témoins dans ces dernières années.

Quant au nom de Godard, que le peuple applique aujourd'hui au mari d'une femme accouchée, il est, s'il faut en croire M. Bacon-Tacon, le même que celui de God-Art (le Dieu fort), donné, dit-il, à Hercule, que les païens imploraient dans les accouchements difficiles (Orig. celtiq., tome II, p. 401-402). Je ne conteste point une si savante étymologie; cependant il me paraît plus probable que ce nom a été formé du latin gaudere, se réjouir, se donner du bon temps. Il signifiait autrefois un homme adonné aux plaisirs de la table, habitué à prendre toutes ses aises. C'était un synonyme de Godon, autre vieux mot qu'on employait pour désigner un riche plongé dans toutes les jouissances d'une vie sensuelle. Le prédicateur Maillard s'en est servi dans plusieurs de ses sermons, notamment dans le vingt-quatrième, où le mauvais riche est appelé unus grossus Godon qui non curabat nisi de ventre. «Un gros Godon qui n'avait cure que de sa panse.»