On emploie dans un sens analogue cet autre proverbe beaucoup plus usité: C'est un vilain oiseau que celui qui salit son nid.
On peut compter sur la fidélité de son chien jusqu'au dernier moment, et sur celle de sa femme jusqu'à la première occasion.
Ce proverbe est une conclusion rigoureuse qu'on a tirée des médisances et des calomnies auxquelles la conduite des femmes a été de tout temps exposée. S'il fallait en croire leurs détracteurs, il serait difficile d'en trouver une seule qui laissât échapper l'occasion favorable d'être infidèle. C'est une accusation odieuse qui se réfute par son exagération même, et les femmes ne la méritent peut-être pas autant que les hommes. Mais ceux-ci se sont réservé le privilége exclusif de n'imputer qu'à elles seules les trahisons conjugales dont ils leur donnent souvent l'exemple, et dont, en bonne justice, ils devraient être responsables. S'ils espèrent gagner quelque chose à cela, qu'ils se détrompent, et qu'ils sachent bien qu'à force de leur reprocher d'être trompeuses ils les portent à devenir telles: car, en leur répétant sans cesse qu'ils les croient incapables de garder la foi promise, ils ne sauraient réussir à la leur rendre plus sacrée. Se figureraient-ils, par hasard, qu'elles seront assez simples pour s'attacher, en pure perte, à l'observation d'un devoir qu'elles n'accompliraient pas sans être accusées de le violer? Ou bien se flatteraient-ils qu'elles voudront y tenir par un prodigieux effort de l'esprit de contradiction qu'ils leur supposent? Il est plus que probable qu'elles ne prendront pas des peines inutiles pour les démentir, et qu'elles trouveront plus commode et plus agréable de se venger d'eux en les traitant ainsi qu'ils le méritent. La dépense en étant déjà faite, comme on dit, elles n'ont plus rien à ménager.
Voilà le résultat ordinaire de la mauvaise opinion que les hommes se font de la fidélité des femmes. Il est moins au détriment de ces dames qu'à celui de ces messieurs. Les accusations qu'ils dirigent contre elles sont des armes perfides qui leur tournent dans la main et les blessent eux-mêmes, et, s'ils étaient mieux avisés, ils ne les emploieraient pas. D'ailleurs, cette humeur guerroyante contre le sexe n'est pas de bon ton, et ne peut que faire mal augurer de ceux qui s'y livrent. Les jeunes gens feront bien de ne pas la prendre, et les maris encore mieux de s'en défaire. En agissant ainsi, les premiers se donneront un aimable relief de politesse et de galanterie qui leur attirera quelque regard sympathique des belles, et les seconds éviteront de mettre le comble au malheur de leur situation par un odieux ridicule: car le monde est toujours prêt à soupçonner qu'un mari qui dénigre les femmes doit être fort mécontent de la sienne, et qu'il tire secrètement de l'infidélité de celle-ci, par une conclusion du particulier au général, les arguments dont il se sert pour nier la vertu de toutes les autres. Il a beau retrancher la trahison qu'il éprouve du nombre infini des trahisons dont il les accuse, on ne voit que lui parmi tous les sots derrière lesquels il se cache, et ses accusations ne paraissent que des vengeances de Sganarelle.
La femme a été faite pour l'homme, et non l'homme pour la femme.
C'est ce qu'a dit saint Paul dans sa première épître aux Corinthiens: Non est creatus vir propter mulierem, sed mulier propter virum (XI, 9), et ses paroles sont passées en proverbe pour signifier que la femme doit être soumise à l'autorité de son mari. Mais l'apôtre n'a point entendu que cette autorité pût être arbitraire et tyrannique, puisqu'il a dit aussi, au chapitre VII de la même épître, que, si la femme appartient au mari, de même le mari appartient à la femme, et que tous deux ont des devoirs à remplir l'un envers l'autre.
C'est de l'observation de ces devoirs, réciproques et conformes à la nature de chacun des époux, que dépendent et le bonheur de leur union et le succès de la mission sociale qu'ils ont à poursuivre ensemble. Et qu'on ne s'imagine pas que l'action de l'homme, pour atteindre ce double but, soit supérieure à celle de sa compagne. On pourrait plutôt démontrer que celle-ci l'emporte sur lui si l'on comparait les avantages qui proviennent de leurs rôles respectifs. Mais il ne serait pas rationnel d'attribuer, d'après ces avantages particuliers, la prééminence à l'un des collaborateurs dans une œuvre qui est également due à tous deux, et qui ne peut être accomplie qu'au moyen de l'entente parfaite et des soins bien combinés de l'un et de l'autre. Admettons donc qu'il y a parité de valeur entre eux dans leur coopération, en reconnaissant toutefois que cette valeur résulte de qualités différentes; car chaque sexe a les siennes propres, et l'on ne saurait voir dans l'homme et la femme que des rapports et des différences, ainsi que l'a remarqué J.-J. Rousseau, dont le passage suivant revient au sujet que je traite.
«La raison des femmes est une raison pratique qui leur fait trouver très-habilement les moyens d'arriver à une fin connue, mais qui ne leur fait pas trouver cette fin. La relation sociale des sexes est admirable. De cette société résulte une personne morale dont la femme est l'œil et l'homme le bras, mais avec une telle dépendance l'une de l'autre que c'est de l'homme que la femme apprend ce qu'il faut voir, et de la femme que l'homme apprend ce qu'il faut faire. Si la femme pouvait remonter aussi bien que l'homme aux principes, et que l'homme eût aussi bien qu'elle l'esprit des détails, toujours indépendants l'un de l'autre, ils vivraient dans une discorde éternelle, et leur société ne pourrait subsister; mais, dans l'harmonie qui règne entre eux, tout tend à la fin commune; on ne sait lequel met le plus du sien, chacun suit l'impulsion de l'autre, chacun obéit, et tous deux sont les maîtres.» (Émile, liv. V.)
La femme est un être qui s'habille, babille et se déshabille.
C'est-à-dire que les trois choses principales auxquelles la femme consacre toute sa journée sont la toilette, la causerie et le sommeil, car elle ne quitte guère ses atours que pour se mettre dans son lit, où elle a grand besoin de se délasser, après tant d'heures si activement employées à se parer et à donner de l'exercice à sa langue. Mais le triple penchant attribué à la femme ne lui appartient pas exclusivement. L'essence de cette nature féminine s'est si bien infusée dans le caractère de certains hommes, qu'on n'y découvre presque plus rien de viril, et notre jeu de mots proverbial s'applique aussi avec raison à tout individu de cette espèce ridicule qui semble avoir abdiqué les occupations sérieuses du sexe masculin pour copier sottement les usages frivoles de l'autre sexe.