Femme est mère de tout dommage.
Tout mal en vient et toute rage.
Ce distique proverbial me paraît être une allusion allégorique de Perroz de Saint-Clost ou Pierre de Saint-Cloud, dans la première branche du roman du Renard. Ce trouvère raconte qu'Adam ayant frappé la mer avec une verge que Dieu, en l'exilant de l'Éden, lui avait donnée, il en sortit une brebis, et qu'Ève, désireuse d'en avoir une seconde, ayant pris la verge miraculeuse de la main de son époux, fit surgir des flots, par le même acte, un loup qui se précipita sur la brebis, qu'il aurait dévorée si Adam ne se fût pressé de frapper un second coup, duquel provint un chien, qui arracha l'innocente proie au loup en le tuant. Ce procédé si expéditif de création à tour de bras, alternativement employé par l'homme et la femme, produisit en peu de temps une foule innombrable d'animaux, en chacun desquels se trouvait quelque chose d'analogue au caractère moral de son auteur. Les évains, c'est-à-dire ceux qu'Ève faisait naître, étaient sauvages et dangereux, ceux qui devaient l'existence à Adam avaient une nature bonne et susceptible de devenir meilleure, ou, pour parler comme le trouvère,
Les Évains assauvagissoient,
Et les Adams assagissoient.
Cette allégorie, assez diaphane, où l'on voit tout ce qui émane de la femme participer de l'esprit de méchanceté qu'on lui attribue, n'appartient pas en propre à notre trouvère. Il en a tiré l'idée de quelques traditions populaires, qui reprochent à la mère du genre humain d'avoir été aussi, en quelque sorte, celle de beaucoup de bêtes malfaisantes, qu'on suppose n'être devenues telles que par suite de la faute qu'elle commit. Cette idée, répandue presque partout, se retrouve dans une légende orientale qui nous apprend que, lorsque Adam et Ève furent créés, chacun d'eux éternua à l'instant où le souffle divin introduisit l'âme dans le corps. De l'éternuement de l'homme naquit le lion, symbole de la force et du courage, et de l'éternuement d'Ève naquit le chat, symbole de la ruse et de la lâcheté.
Une femme est comme votre ombre; suivez-la, elle fuit; fuyez-la, elle suit.
Cette comparaison est traduite du proverbe latin: fugax, sequax; sequax, fugax. «Suivez la femme, elle vous fuit; fuyez-la, elle vous suit.» Elle a été attribuée à Chamfort, parce qu'elle se trouve dans le recueil des pensées de cet ingénieux écrivain. Mais elle existait longtemps avant lui, comme on vient de le voir, chez les Latins qui nous l'avaient transmise ainsi qu'à plusieurs autres peuples. Le poëte arabe Zehir, qui, sans nul doute, ne l'a pas plus inventée que l'auteur français, en a fait l'application à la femme coquette, à qui elle convient mieux qu'à toute autre femme; car c'est un vrai manége de coquetterie dont l'image y frappe, en quelque sorte, la vue non moins que l'esprit. «La coquette, dit-il, ressemble à l'ombre qui marche avec vous: si vous courez après, elle vous fuit; si vous la fuyez, elle vous suit.»
La même idée a été plusieurs fois exprimée en assimilant la femme à tel ou tel objet qu'on a jugé propre à la représenter. Voici une de ces similitudes qu'il me souvient d'avoir trouvée dans une pièce du théâtre italien de Gherardi:
A des soldats poltrons je compare les belles:
On les fait fuir en courant après elles;