On les attire en les fuyant.

Il n'y a de femme chaste que celle qui ne trouve pas d'amant.

C'est ce qu'a dit Ovide dans le premier livre des Amours, élégie VIII: Casta est quam nemo rogavit, et que Mathurin Régnier a redit dans ce vers de la satire intitulée Macette, ou l'Hypocrisie déconcertée:

Celle est chaste, sans plus, qui n'en est point priée.

L'auteur des Lettres Persanes a reproduit la même idée en ces termes: «Il est des femmes vertueuses; mais elles sont si laides, si laides, qu'il faudrait être un saint pour ne pas haïr la vertu.»

Jehan de Meung, dans le Roman de la Rose, a exprimé la chose d'une manière plus énergique, mais moins spirituelle, en quatre vers que je ne citerai pas.

Quelques poëtes licencieux l'ont répétée avec un cynisme révoltant. Enfin il s'est rencontré des écrivains privés de tout sens moral, qui, prenant au sérieux ce que les autres n'avaient avancé que par jeu ou débauche d'esprit, ont osé développer, dans des pages sans raison comme sans pudeur, cette abominable opinion des Esséniens[5]: qu'il est impossible à toute femme d'être chaste et fidèle.

[5] Les Esséniens ou Esséens étaient des sectaires juifs qui commencèrent à faire parler d'eux vers le temps des Machabées. La mauvaise opinion qu'ils avaient des femmes les avait portés à proscrire le mariage et à vivre dans le célibat.

Que deviendrait la famille, que deviendrait la société, que deviendrait tout ce qu'il y a de sacré dans le genre humain, si cette infâme doctrine pouvait être accréditée? Les libertins qui la professent mériteraient d'être punis. Le beau sexe ne devrait avoir aucune relation avec ces effrontés renieurs de sa vertu, et les hommes les devraient bannir des assemblées publiques. C'est ainsi que nos aïeux les traitaient dans les siècles chevaleresques. Ils chassaient des tournois ceux qui étaient convaincus d'avoir mal parlé des femmes, contrairement aux statuts de la chevalerie, qui commandaient de les honorer et de ne pas souffrir qu'on osât blasonner et mesdire d'elles. Ils savaient très-bien que plus les femmes sont respectées, plus elles se rendent respectables.

Où trouver aujourd'hui ce respect dont nos aïeux voulaient qu'on leur offrît des témoignages effectifs? Faut-il l'aller chercher dans le pays où La Fontaine a placé la demeure de la véritable amitié?—Eh bien, oui; c'est là qu'il existe réellement. Dans le royaume de Monomotapa, les femmes sont si sévères, que le fils du roi, quand il en rencontre une, est obligé de s'arrêter, de s'incliner devant elle et de lui céder le pas. Les Cafres à demi barbares pourraient, sur ce point, donner des leçons aux Européens, qui se prétendent civilisés.