Dites une fois à une femme qu'elle est jolie, le diable le lui répétera dix fois par jour.

Parce que le diable sait que, pour se rendre maître de l'esprit des femmes, il n'y a pas de meilleur moyen que de chatouiller leur vanité. Comme elle est en quelque sorte le premier de leurs sentiments, comme elle se mêle à tous ceux qu'elles éprouvent, elle ne manque guère, aussitôt qu'elle est mise en jeu par la louange habilement maniée, de les entraîner dans les piéges où le grand séducteur les attend. Les filles d'Ève ne résistent pas mieux que leur mère aux illusions décevantes de la flatterie, et, si l'on consultait la liste infinie des victimes de la séduction, on verrait que presque toutes ont été perdues par la flatterie plus encore que par l'amour.

Chacun cuide (pense) avoir la meilleure femme.

Ce proverbe a été mal compris et mal expliqué par tous les parémiographes, qui n'ont pas vu que le verbe cuider y est employé à la troisième personne du présent du subjonctif et non de l'indicatif. Il ne signifie donc pas chacun pense, mais que chacun pense, etc. Ce n'est pas un fait qu'il énonce, c'est un conseil qu'il donne, en usant d'un tour de phrase elliptique autrefois fort usité et conforme à l'expression latine quisque putet (que chacun pense…). Le fait ne peut être vrai qu'exceptionnellement, à l'égard d'un fort petit nombre de maris que leurs femmes savent tenir, par un art merveilleux, dans les illusions de l'optimisme conjugal.—Quant au conseil, il est plein de raison, et ceux à qui il serait possible de le mettre en pratique s'en trouveraient parfaitement bien. Sancho Pança disait: «La sagesse en ménage est de croire qu'il n'y a qu'une bonne femme au monde, et qu'on l'a rencontrée.»

L'esprit d'une femme est de vif-argent, et son cœur est de cire.

On sait que le vif-argent, ou le mercure, est impossible à fixer, et que la cire est susceptible de prendre toutes sortes de modifications. Par conséquent, si l'esprit et le cœur féminins sont justement assimilés à ces deux objets, il faut reconnaître que cet esprit est des plus mobiles et ce cœur des plus changeants. On pourrait dire pourtant que la comparaison, établie par le proverbe, entre la cire et le cœur, pèche en un point: c'est que la cire, lorsqu'elle a vieilli avec l'empreinte qu'elle a reçue, en refuse une autre, au lieu qu'une vieille impression faite sur le cœur n'en exclut pas une nouvelle. Mais on objecterait qu'il ne s'agit pas ici d'un vieux cœur de femme, sur lequel d'ailleurs on ne cherche jamais à faire quelque impression.

Quand une femme prend congé de la compagnie, sa visite n'est encore faite qu'à moitié.

C'est un fait réel et renouvelé chaque jour dans un salon de réception, que, lorsqu'une dame s'est levée pour en sortir, elle y reste encore, et, sans reprendre son siége, continue la causerie durant un temps qui double au moins celui de sa visite. Mais pourquoi agit-elle ainsi? Est-ce parce qu'elle espère que ses compagnes, en la voyant debout et prête à partir, seront moins impatientes de lui ravir le dé de la conversation? ou bien parce qu'elle compte que cette attitude, plus favorable au développement de ses avantages physiques dans le débit oratoire, attirera mieux sur elle les regards? On peut admettre les deux motifs à la fois, surtout chez une jolie femme; car celle-ci tient à briller par le charme de son maintien, la grâce de ses mouvements, l'élégance de ses gestes, le feu de ses yeux et l'expression animée de sa physionomie. Elle ne désire pas seulement qu'on l'écoute parler, elle désire aussi qu'on la regarde parler.

La femme est le savon de l'homme.

La femme nettoie l'homme de bien des défauts: elle le corrige de ses instincts grossiers, et le décore d'une foule de qualités aimables, dans cet âge surtout où il est porté, par le plus doux des penchants, à lui offrir les prémices de son cœur. C'est elle dont l'heureuse influence l'initie aux manières polies, aux mœurs courtoises, et fait prendre quelquefois à son caractère sa forme la plus épurée. Tel qui se distingue par l'élévation de ses sentiments n'aurait peut-être jamais eu qu'une âme commune si le désir de plaire aux femmes n'avait éveillé son amour-propre et ne lui avait donné ce relief de noblesse et d'urbanité qui manifeste, en traits charmants comme elles, le merveilleux changement qu'elles ont opéré dans sa nature. (Voyez ci-contre le proverbe: [Sans les femmes, les hommes seraient des ours mal léchés].)