On dit quelquefois dans le même sens: La femme est une savonnette à vilain; ce qui est une extension donnée à l'expression savonnette à vilain, par laquelle on désignait, avant la révolution de 1789, une charge qui anoblissait et qui lavait, pour ainsi dire, de la roture celui à qui elle était concédée à prix d'argent. Il y avait alors en France une quantité considérable de ces vilains décrassés.
Il y a une maxime de Saint-Évremont qui a de l'analogie avec le proverbe que je viens de commenter; la voici: «L'étude commence un honnête homme, le commerce des femmes l'achève.» Honnête homme, dans cette maxime, doit se prendre dans la signification qu'il avait autrefois, c'est-à-dire homme aimable, élégant, qui a des manières distinguées, qui sait vivre.
Sans les femmes les hommes seraient des ours mal léchés.
Si les hommes ne vivaient qu'avec d'autres hommes, ils ne seraient pas seulement malheureux, mais grossiers, rudes, intraitables, et nous voyons que ceux qui, dans le monde, restent isolés du commerce des femmes ont généralement un caractère disgracieux et même brutal. Ce sont donc elles, on n'en saurait douter, qui préviennent ou corrigent de tels défauts et y substituent des qualités aimables, délicates, dont le principe est dans leur douce nature. Le plus rustre se polit et s'humanise auprès de ces enchanteresses; transformé par leur merveilleuse influence, il devient un être charmant. C'est la métamorphose de l'âne de Lucien ou d'Apulée. Cet animal est changé en homme après avoir brouté des roses.
L'expression proverbiale ours mal léché, par laquelle on désigne un individu mal fait et grossier, est venue d'une opinion erronée des naturalistes du moyen âge qui croyaient, sur la foi d'Aristote et de Pline, que les oursons venaient informes et que leur mère corrigeait ce défaut à force de les lécher; ce qu'elle ne fait que pour les dégager des membranes dont ils sont enveloppés en naissant.
Les femmes font les hommes.
Un ambassadeur de Perse demandait à l'épouse de Léonidas pourquoi les femmes étaient si honorées à Lacédémone. «C'est qu'elles seules, répondit-elle, savent faire des hommes.» De là ce proverbe dont le passage suivant du comte J. de Maistre explique très-bien le sens moral: «Faire des enfants, ce n'est que de la peine. Mais le grand honneur est de faire des hommes, et c'est là ce que les femmes font mieux que nous. Croyez-vous, messieurs de l'Académie, que j'aurais beaucoup d'obligations à ma femme si elle avait composé un roman, au lieu de faire un fils? Mais faire un fils, ce n'est pas le mettre au monde et le poser dans un berceau, c'est faire un brave jeune homme qui croit en Dieu et qui n'a pas peur du canon. Le mérite de la femme est de régler sa maison, de rendre son mari heureux, de le consoler, de l'encourager et d'élever ses enfants, c'est-à-dire de faire des hommes. Voilà le grand accouchement qui n'a pas été maudit comme l'autre. Les femmes n'ont d'ailleurs fait aucun chef-d'œuvre dans aucun genre. Elles n'ont fait ni l'Iliade, ni l'Énéide, ni la Jérusalem délivrée, ni Phèdre, ni Athalie, ni Rodogune, ni le Misanthrope, ni le Panthéon, ni la Vénus de Médicis, ni l'Apollon, ni le Perse. Elles n'ont inventé ni l'algèbre, ni les télescopes, ni le métier à bas: mais elles font quelque chose de plus grand que tout cela. C'est sur leurs genoux que se forme ce qu'il y a de plus excellent dans le monde: un honnête homme et une honnête femme.»
Il y a un mot de Napoléon Ier, non moins remarquable dans sa brièveté que l'est dans son étendue le morceau précédent: «L'avenir des enfants est l'ouvrage des mères.»
Buffon avait exprimé la même idée en ces termes dans une de ses lettres dont le recueil a été publié, il y a quelques années: «C'est la mère qui transmettra aux fils les qualités de l'esprit et du cœur.»
Je citerai encore quelques phrases de l'abbé F. de Lamennais, qui reviennent à notre proverbe: «Plus sûr que le raisonnement, un infaillible instinct préserve la femme des erreurs fatales auxquelles l'homme se laisse entraîner par l'orgueil de l'esprit et de la science. Tandis que la vaine et débile raison de l'homme ébranle aveuglément les bases de l'ordre et de l'intelligence même, la femme, éclairée d'une lumière et plus intime et plus immédiate, les défend contre lui, conserve dans l'humanité les croyances par lesquelles elle subsiste; elle en est, au milieu de la confusion des idées et des révolutions, la gardienne pieuse et incorruptible.»—«Les vérités, les lois morales, non-seulement perdraient leur autorité sur la terre, mais, altérée par mille conceptions fausses, la nature même s'en éteindrait, si, doublement mère, la femme, dès le berceau, n'initiait l'enfant à ces sacrés mystères, si elle ne déposait en lui l'impérissable germe de la foi qui le sauvera, si elle ne le nourrissait de ce lait divin.»—«Les semences primordiales du vrai et du beau, les sentiments profonds qui décident de l'existence entière, les hommes les doivent à la femme; c'est elle qui les fait ce qu'ils sont.»