On sait que le comte de Guibert a placé ce vers heureux dans sa tragédie du Connétable de Bourbon où le premier hémistiche est dit par Adélaïde et le second par Bayard. Mais le comte de Guibert ne l'a point inventé; il l'a trouvé tout fait dans le recueil des proverbes usités en Provence. Voici le texte patois qui correspond mot pour mot et métriquement au français:
Leïs homés fan leïs leis, leïs frémos fan leïs murs.
On a établi, entre les lois et les mœurs, cette différence essentielle que les lois règlent plus les actions du citoyen et les mœurs règlent plus les actions de l'homme. D'après cela, on peut conclure avec raison que l'influence des femmes est d'une importance qui la rend supérieure à celle des législateurs: car avec des mœurs on pourrait se passer de lois, et avec des lois on ne pourrait se passer de mœurs.
«A quoi servent des lois, inutiles sans les mœurs?» s'écriait Horace:
Quid leges sine moribus
Vanæ proficiunt?
(Lib. III, od. 24.)
Tant que les femmes ont fait les mœurs, les femmes ont été respectées. Ce n'est qu'en les défaisant, ce qui leur est arrivé quelquefois, qu'elles ont cessé de l'être. L'histoire nous apprend que c'est à des époques sans mœurs qu'ont été imaginées et mises en circulation ces formules injurieuses qui leur reprochent leurs torts avec une certaine vérité, il faut bien l'avouer, quoiqu'elles soient presque toujours fausses parce qu'elles sont trop généralisées.
Que les femmes fassent les femmes, et non les capitaines.
C'est-à-dire qu'elles restent dans le rôle qui leur est assigné par la nature; car, en voulant en prendre un autre pour lequel elles ne sont point faites, elles ne peuvent s'attirer que des désagréments et des malheurs.—Proverbe qui paraît avoir été formulé, au moyen âge, d'après ce passage de Plutarque: «Alexandre, ayant défait Darius, envoya plusieurs beaux présents à sa mère; mais il demanda qu'elle ne se mêlât pas autant de ses affaires, et qu'elle n'entreprît point l'état de capitaine.»