Ce n'est point un ridicule imaginaire que signale ce proverbe. Les dames françaises, à diverses époques, affichèrent réellement des prétentions militaires, non-seulement dans leurs discours, mais dans leurs actions, comme si elles n'avaient pas eu de passe-temps plus agréable que d'imiter les Marphise et les Bradamante.—Plusieurs histoires, notamment les Antiquités de Paris, par Sauval, an 1457, parlent de capitainesses investies du commandement de certaines places fortes. Cette manie, à laquelle contribua beaucoup sans doute la lecture des romans chevaleresques, prit un nouveau développement dans le seizième siècle, lorsque l'imprimerie eut multiplié les exemplaires de plusieurs de ces livres par les soins de François Ier, qui les jugeait propres à favoriser le projet qu'il avait conçu de faire revivre l'ancienne chevalerie dans une seconde chevalerie de sa façon.

Sous le règne de Charles IX les salons étaient devenus des espèces d'écoles d'amour et de guerre, où les dames se montraient jalouses de donner des leçons dans les deux arts. Elles se faisaient un point d'honneur d'exercer en public une sorte d'empire sur leurs amants guerriers; elles les enrôlaient dans telle ou telle faction de l'époque, et les envoyaient, parés d'écharpes et de faveurs, remplir le rôle qu'elles leur avaient assigné. Quelquefois même elles leur faisaient la conduite et traversaient la ville à cheval, caracolant à côté d'eux ou montées en croupe avec eux.

Elles se signalèrent, du temps de la Fronde, par de semblables excentricités. On sait quelle fut leur influence sur les événements de cette époque. La duchesse de Longueville engagea Turenne, qui venait d'être nommé maréchal, à faire révolter contre l'autorité royale l'armée qu'il commandait. La duchesse de Montbazon gagna le maréchal d'Hocquincourt, qui lui écrivit ce billet laconique, mais significatif: «Péronne est à la belle des belles.» Les Mémoires de Mademoiselle contiennent une lettre de Gaston d'Orléans, son père, avec cette curieuse suscription: «A mesdames les comtesses maréchales de camp dans l'armée de ma fille contre le Mazarin.»

Des femmes et des chevaux,
Il n'y en a point sans défaut.

La perfection n'appartient à aucun être sur la terre, et sans doute il n'en faut point chercher le modèle chez les femmes; mais les hommes sont-ils moins imparfaits qu'elles? La vérité est qu'en général les femmes ont plus de petits défauts, et les hommes plus de vices achevés. Quant aux qualités qui brillent en elles, il est impossible de ne pas reconnaître qu'elles se distinguent par des avantages que celles des hommes n'offrent pas au même degré. «Vertus pour vertus, dit une maxime chinoise, les vertus des femmes sont toujours plus naïves, plus près du cœur et plus aimables.»

Le rapprochement des femmes et des chevaux, que présente notre proverbe, n'a pas été suggéré peut-être par une pensée aussi impertinente qu'on pourrait le penser; il tient aux habitudes chevaleresques: tout paladin consacrait sa vie à l'amour et à la guerre. Pour aimer, il devait avoir une belle dame; pour combattre, il avait besoin d'un bon cheval, et il confondait ces deux êtres dans une affection presque égale, quoiqu'il fût souvent obligé de reconnaître que ni l'un ni l'autre n'étaient jamais sans défauts.

Les femmes sont trop douces, il faut les saler.

Ce dicton, qui s'entend sans commentaire, me paraît avoir suggéré l'idée d'une ancienne farce dramatique dont voici le titre: «Discours facétieux des hommes qui font saler leurs femmes à cause qu'elles sont trop douces, lequel se joue à cinq personnages.» L'Histoire du Théâtre-Français a parlé de cette pièce curieuse, imprimée à Rouen, chez Abr. Cousturier en 1558, et le docte A.-A. Monteil en a donné la piquante analyse que voici: «Des maris sont venus se plaindre que leur ménage, sans cesse paisible, était sans cesse monotone; que leurs femmes étaient trop douces. L'un d'eux a proposé de les faire saler. Aussitôt voilà un compère qui se présente, qui se charge de les bien saler. On lui livre les femmes, et le parterre et les loges de rire. Les femmes, quelques instants après, reviennent toutes salées, et, leur sel mordant et piquant se portant au bout de la langue, elles accablent d'injures leurs maris, et le parterre et les loges de rire. Les maris veulent alors faire dessaler leurs femmes: le compère déclare qu'il ne le peut, et le parterre et les loges de rire davantage. Enfin la pièce, si plaisamment nouée, est encore plus plaisamment dénouée, car les maris, qui sont des maris parisiens, c'est-à-dire des maris de la meilleure espèce, qu'on devrait semer partout, particulièrement dans le nouveau monde, au lieu de dessaler, comme en province, les femmes avec un bâton[6], se résignent à prendre patience, et le parterre et les loges de rire encore davantage, de ne pouvoir plus applaudir, de ne cesser de se tenir les côtes de rire.»

[6] Allusion à la coutume de frapper avec un bâton les quartiers de lard salé pour en faire tomber les grains de sel.

Paris est l'enfer des chevaux, le purgatoire des hommes, et le paradis des femmes.