Il faut prendre les hommes tels qu'ils sont, et les femmes telles qu'elles veulent être.
C'est-à-dire qu'il faut prendre ces messieurs avec leurs défauts et ces dames avec leurs prétentions, si l'on veut vivre en paix avec eux et avec elles.
Il est vrai que cette paix est extrêmement difficile et qu'elle doit être payée fort cher par les ménagements continuels qu'on est obligé d'avoir pour ces défauts et surtout pour ces prétentions, plus intolérables que ces défauts: elles sont si exigeantes qu'il faut tout leur sacrifier, et de plus si tenaces qu'il n'est pas possible d'en rien rabattre; ce qui a fait dire qu'il vaut mieux s'y soumettre que s'y opposer, afin de s'épargner les efforts pénibles qu'on tenterait en vain pour y résister. C'est ainsi qu'on explique cet adage, sérieux dans sa première partie et ironique dans sa dernière. Quant à moi, je ne puis voir dans cette explication qu'une glose pire que le texte, et dont la malice se donne carrière aux dépens de la vérité. Il n'est pas prouvé que les femmes aient les prétentions déraisonnables que les préventions des hommes leur reprochent: il n'y a que des folles incapables de se modérer chez lesquelles on les rencontre. Objectera-t-on que les autres ont l'adresse de les cacher; mais en supposant que cela soit, on doit leur en savoir gré, et j'aime à croire que cette conduite non moins habile que réservée leur donne le droit de répondre à leurs accusateurs que si elles tiennent à être prises telles qu'elles veulent être, c'est qu'elles veulent être réellement telles qu'elles doivent être.
L'amour des femmes tue le courage des plus braves.
C'est un fait en preuve duquel on peut citer la fable et l'histoire. Voyez Hercule abandonnant sa massue et filant une quenouille aux pieds de la reine Omphale; voyez Antoine asservi lâchement aux charmes de Cléopatre; et jugez, par ces exemples qu'il serait facile de multiplier, combien l'amour des femmes est dangereux et funeste. Il étouffe toute énergie chez l'insensé qui s'y abandonne; il le rend incapable de tout noble élan, il le tient plongé dans une mollesse abrutissante; en un mot, il lui fait oublier tous ses intérêts et tous ses devoirs.
Voilà pourquoi on dit encore l'amour des femmes tue la sagesse: ce qui a son explication suffisante dans les réflexions que je viens de présenter. Ce proverbe et le précédent ne diffèrent l'un de l'autre que par l'application particulière que chacun d'eux fait de cette vérité générale: que la passion pour les femmes a des effets pernicieux sur le moral de l'homme, et qu'elle fait souvent de lui, par l'usage immodéré des coupables plaisirs qu'elle lui présente, un animal dégradé.
Êtes-vous pauvre, détournez-vous de ces plaisirs: ils coûtent plus cher que les vrais besoins. Aspirez-vous à la gloire, détournez-vous-en de même: ils vous la feraient prendre en pitié. Voulez-vous rester bon, fuyez-les jusqu'au bout du monde: ils ne vous laisseraient pas de cœur.
Les femmes sont toutes fausses comme des jetons.
Les femmes veulent plaire à tout le monde, et, pour y parvenir, elles sont obligées de jouer tant de personnages divers qu'il est bien difficile qu'en s'essayant à un pareil manége elles ne deviennent pas plus ou moins fausses. C'est sans doute sur cette observation d'expérience qu'a été fondé le proverbe, qui est parfaitement vrai des femmes coquettes, et qui ne l'est pas également des autres femmes. J'en connais plusieurs qui méritent une honorable exception, et j'aime à croire qu'elles ne sont pas les seules. Je n'oserais pourtant les compter par douzaines, et je suis forcé de convenir, pour me conformer à l'opinion la plus circonspecte, que les femmes, en général, ont, à des degrés différents, une certaine dose de dissimulation et de mauvaise foi qu'elles cachent sous de belles apparences de franchise et de sincérité, de même que les jetons ne laissent pas voir le mauvais alliage dont ils sont ordinairement composés sous la brillante dorure qui en décore les surfaces.
Les femmes ne mentent jamais plus finement que lorsqu'elles disent la vérité à ceux qui ne les croient pas.